Plus que jamais dans le monde d'aujourd'hui, nous nous retrouvons devant des conflits impliquant des personnes qui accusent les autres de fautes majeures, d'inégalité, d'oppression et d'injustice sociale. Chaque jour, on nous bombarde de nouvelles à propos d'un nouveau scandale, d'une nouvelle tragédie ou d'autres situations, toujours plus nombreuses, où nous avons manqué à notre devoir en tant qu'humains ayant été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Comment devrions-nous réagir face à toute cette injustice sociale? Et ce concept a- t-il seulement sa place au sein de la chrétienté orthodoxe? Durant cette brève série, nous allons nous pencher sur la question et en discuter ensemble.
Bienvenue aux réponses d'une foi apostolique.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique. Amen.
Sur le plan chrétien orthodoxe, comment peut-on réagir face à des questions d'injustice sociale? Comment, en tant que chrétiens, sommes-nous censés réagir aux atrocités et aux injustices que nous voyons dans le monde perturbé qui nous entoure? Avant d'aller plus loin, commençons par évaluer si la base de notre conversation est au moins valide: croyons-nous à ce concept d'injustice sociale? Si ce dernier réfère à une idéologie qui encourage une société de personnes à s'appuyer sur des normes de bonté et de droiture qui se trouvent en Dieu lui-même, alors oui, bien sûr que nous y croyons. Et les Écritures nous en fournissent de nombreux exemples.
Consultons d'abord le Deutéronome, lequel est rempli de passages où le Seigneur enseigne à son peuple à se montrer bienveillant et empathique envers l'esclave, la veuve, l'orphelin et l'étranger. Le Seigneur lui-même ne cesse de lui rappeler à quel point il a à cœur d'user de justice envers ces personnes. En voici un exemple:
« Car l'Éternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point acception des personnes et qui ne reçoit point de présent, qui fait droit à l'orphelin et à la veuve, qui aime l'étranger et lui donne de la nourriture et des vêtements. » (Deutéronome 10:17-18) À son tour, le prophète Malachie parle du concept de justice lorsqu'il s'adresse au peuple corrompu et lui annonce la venue d'un messager dans le monde. Voici de quelle façon il exprime ces idées:
« Je m'approcherai de vous pour le jugement, et je me hâterai de témoigner contre les enchanteurs et les adultères, contre ceux qui jurent faussement, contre ceux qui retiennent le salaire du mercenaire, qui oppriment la veuve et l'orphelin, qui font tort à l'étranger, et ne me craignent pas, dit l'Éternel des armées. » (Malachie 3:5) Nous avons ensuite l'Apôtre Jacques, dans le Nouveau Testament, qui nous résume tout ça dans l'énoncé extrêmement percutant que voici:
« La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. » (Jacques 1:27) Comme dernier exemple, nous pouvons évoquer la parabole que le Seigneur Jésus a livrée, afin de démontrer combien le pauvre est important aux yeux de Dieu. Jésus nous adresse cette parabole au chapitre 12 de l'Évangile selon saint Luc. Allons lire ensemble:
« Et il leur dit cette parabole: Les terres d'un homme riche avaient beaucoup rapporté.
Et il raisonnait en lui-même, disant: Que ferai-je? Car je n'ai pas de place pour serrer ma récolte.
Voici, dit-il, ce que je ferai: j'abattrai mes greniers, j'en bâtirai de plus grands, j'y amasserai toute ma récolte et tous mes biens; et je dirai à mon âme: Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; repose-toi, mange, bois, et réjouis-toi.
Mais Dieu lui dit: Insensé! Cette nuit même ton âme te sera redemandée; et ce que tu as préparé, pour qui cela sera-t-il?
Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n'est pas riche pour Dieu. » (Luc 12:16-21) Dans tous ces extraits et plusieurs autres encore, on peut voir que le Seigneur est empathique et aimant envers toute sa création: il nous demande de faire preuve d'amour et de compassion envers les moins bien nantis, les rejetés, les étrangers et les oppressés.
Maintenant que nous avons établi que le concept de justice sociale est bel et bien présent au sein des Écritures, il serait futile de poursuivre cette discussion sans préciser également que le courant social actuel semble avoir une conception de la justice qui va à l'encontre des valeurs chrétiennes et qui manque de sagesse et d'objectivité.
D'après les normes d'aujourd'hui, la justice semble avoir pris un tournant pour le moins légal et vindicatif. Elle se présente souvent comme une façon de rendre la pareille au malfaiteur, comme s'il était acceptable, voire nécessaire d'agir ainsi. Et sur la scène justicière actuelle, les vainqueurs sont toujours ceux qui exigent qu'on satisfasse à leurs demandes, parce qu'ils se disent plus sévèrement offensés ou victimes que les autres. Et bien que toute offense réelle et immorale doive toujours mériter notre attention en tant que chrétiens, certains semblent s'indigner encore plus devant toute tentative visant à clarifier leur situation. Autrement dit, il n'est plus permis d'enquêter, afin d'évaluer si la plainte d'un demandeur qui se dit lésé est valide ou non.
Par surcroît, la justice de nos jours s'appuie sur une norme à deux poids, deux mesures que l'on ne peut ignorer. On prétend que la liberté d'expression est essentielle, mais en réalité, le seul discours qui est toléré est celui qui correspond au narratif de ceux qui crient le plus fort.
Encore là, on nous dit qu'il faut embrasser la diversité et même l'encourager, mais celle-ci n'est pas tolérée si cette diversité implique des croyances qui mettent en doute les valeurs de ceux-là mêmes qui l'encouragent.
Un dernier exemple qui dénote d'une justice corrompue, c'est lorsque les gens se sentent obligés de se ranger d'un côté ou de l'autre, simplement parce que leur entourage veut savoir s'ils sont pour lui ou contre lui. Le simple fait de refuser d'être associé au camp A ou B est plus souvent qu'autrement perçu comme une menace. Plus que jamais, on tente d'intimider les gens en leur disant ton silence en dit long, ou encore, ou bien tu es avec nous, ou bien tu es contre nous. Ce genre d'attitude entretient un climat de division où les gens n'ont plus la liberté de réfléchir et d'adhérer aux choix qui leurs sont offerts ou de les rejeter, comme si ces derniers étaient les seuls qui puissent représenter la vérité.
À la lumière de ces comportements, la justice sociale est devenue un mouvement visant à faire taire, à contrecarrer ou à éliminer toute opposition, en prétextant que c'est la seule façon de défendre nos valeurs et de protéger les groupes que la société a souvent tendance à marginaliser. Compte tenu de tout ceci, il devient nécessaire de nous demander ceci: En qualité de chrétiens orthodoxes, est-ce là notre conception de ce que la justice doit être? Est- ce ainsi que le Seigneur nous a montré à réagir devant le mal? Est-ce une solution de vouloir éliminer toute opposition, même au point d'employer la force, afin d'imposer à tout prix une réalité utopique qu'on cherche à créer? Est-ce vraiment la solution?
L'une des principales lacunes liées au mouvement de justice sociale que l'on observe dans la société d'aujourd'hui, c'est qu'il nécessite souvent un changement dans notre façon de faire les choses. Il s'agit d'un changement imposé par autrui qui force les gens à suivre un certain nombre de règles, sous peine d'en subir les conséquences. Pourtant, par son Évangile, notre Seigneur Jésus-Christ n'a jamais eu pour objectif de provoquer des changements extérieurs aux gens, afin de profiter de son incarnation pour tenter de contrôler le monde. Ce qu'il voulait, c'était d'amener les gens à se transformer intérieurement et à se repentir. Telle a toujours été sa motivation à descendre vers nous.
Au tout début des Évangiles, on entend le cri de Jean Baptiste qui vient ouvrir la voie au Seigneur Jésus-Christ en déclarant:
« (...) Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. » (Matthieu 3:2) Puis, dès les débuts de son propre ministère, le Seigneur Jésus lance le même message à tous. Cet appel à se repentir s'adresse toujours au for intérieur de chacun: c'est un appel à la transformation de soi. C'est pour cette raison que le Seigneur dénonce souvent l'hypocrisie des pharisiens et de l'autorité juive. Tant que leur propre transformation intérieure n'a pas lieu, leur persistance à exiger des autres qu'ils se montrent justes, même en apparence, demeure futile. Écoutez cette courageuse déclaration du Seigneur:
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux; vous n'y entrez pas vous-mêmes, et vous n'y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer.
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous dévorez les maisons des veuves, et que vous faites pour l'apparence de longues prières; [et] à cause de cela, vous serez jugés plus sévèrement.
Malheur à vous, scribes (...) pharisiens hypocrites! parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte; et, quand il l'est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous. » (Matthieu 23:13-15) « Malheur à vous, scribes (...) pharisiens hypocrites! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité: c'est là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses.
Conducteurs aveugles! qui coulez le moucheron, et qui avalez le chameau.
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et qu'au dedans ils sont pleins de rapine et d'intempérance.
Pharisien aveugle! nettoie premièrement l'intérieur de la coupe et du plat, afin que l'extérieur aussi devienne net.
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de morts et de toute espèce d'impuretés.
Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes, mais, au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. » (Matthieu 23:23-28) Mes frères, il nous faut prêter attention aux paroles du Christ et écouter jusqu'au bout le message qu'il lançait aux gens qu'il invitait à se repentir. Il leur disait très clairement: vous ne pouvez pas être en bon terme avec Dieu si vous êtes conscients de ses attentes envers l'humanité et que vous ne respectez que les éléments qui vous intéressent. De l'extérieur, vous paraissez adhérer à la vérité, mais de l'intérieur, vous êtes encore bien loin de vous repentir.
Permettez-moi d'ouvrir une parenthèse à ce point-ci. Mes frères, il est impossible de savoir ce que les autres ont dans le cœur. Dieu seul peut juger des convictions et des intentions de quelqu'un. Loin de nous l'idée de vouloir porter des jugements gratuits sur quiconque de notre époque viendrait publiquement se porter à la défense de la justice sociale. Mais l'Évangile nous enseigne sans contredit que nous sommes capables de séparer le bon grain du mauvais grain d'après ses fruits:
« Gardez-vous des faux prophètes [, dit-il]. Ils viennent à vous en vêtement de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs.
Vous les reconnaîtrez à leurs fruits... » (Matthieu 7:15-16) De toute évidence, si l'on se fie aux fruits que nous récoltons, plusieurs parmi ceux qui se disent défenseurs de la justice sociale dans le contexte actuel n'apportent que chaos, division, haine et intolérance. La mentalité du pharisien est encore bien vivante de nos jours. Même au sein de l'Église, personne ne peut se soustraire à l'appel d'une véritable transformation interne menant au repentir. Le chrétien comme le non chrétien, le laïc comme le membre du clergé, nous sommes tous appelés à nous repentir et à respecter la norme de miséricorde et de justice que Dieu a établie. Nous avons vraiment besoin, sincèrement et personnellement, de cette transformation interne, de ce repentir.
Même si nous croyons en l'importance de la justice, l'inquiétude soulevée par de nombreuses personnes parmi nous, c'est que nous nous mettions à penser que la façon dont celle-ci est présentement appliquée dans le monde est appropriée et qu'elle représente la réalité. Il faut prendre le recul nécessaire et nous demander: Est-ce bien ce type de justice que nous devons défendre et exprimer en tant que chrétiens? Il est clair que ce que nous voyons se dérouler sous nos yeux ces jours-ci est loin de correspondre à la norme que Dieu a établie.
Alors que nous sommes sur le point de terminer cette partie de notre discussion à propos de la justice sociale, je vous invite à réfléchir aux paroles de saint Cyrille d'Alexandrie que voici:
« Jésus dit: « Ô pharisiens, vous exigez la dîme sur les herbes et les moindres revenus, alors que vous négligez les commandements, ce qui constitue une violation bien plus grande. » Et quels sont les commandements en question? La justice, soit le fait [d'intervenir] de façon honnête et sans reproche; la miséricorde, soit le fait d'être authentique face à Dieu. Car la justice, la miséricorde et la foi envers Dieu dépassent de loin la dîme de la première récolte. Ainsi, par son prophète, le Dieu de toute chose dit ceci: « Et maintenant, Israël, qu'est-ce que le Seigneur exige de toi, autre que d'être juste, d'aimer, de faire miséricorde et d'être prêt à suivre le Seigneur ton Dieu? » Car la foi authentique de ceux qui obtiennent le salut se voit dans leur enthousiasme débordant à vouloir le suivre. » (Saint Cyrille d'Alexandrie, Fragment 258) - [traduction libre] Dans leur enthousiasme débordant à vouloir le suivre... Alors, sommes-nous prêts à suivre, à suivre le Seigneur dans ses voies et sa définition de la justice et de la miséricorde ou sommes-nous préoccupés par nos propres définitions qui nous portent à diriger plutôt qu'à suivre? Voyez-vous, tout le monde semble faire usage du mot justice. Le monde, aussi bien que l'Église, s'en sert et le prône. Mais il est clair que le monde ne s'appuie pas sur les mêmes principes que l'Église pour s'en servir et l'articuler. Comme chrétiens, notre façon d'exprimer la justice doit s'appuyer sur la personne de Jésus-Christ et se manifester de la même façon qu'il nous a lui-même apprise par son exemple. Lors de notre prochaine vidéo, nous reviendrons sur cette question, afin de mieux comprendre à quoi la justice chrétienne devrait ressembler.
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