Bienvenue aux réponses d'une foi apostolique.


Au nom du Père et Fils, le Saint-Esprit, le Dieu Unique. Amen.


Parfois, les jeunes orthodoxes ou même les adultes ont l'impression que l'Église impose trop de règles. Certains se demandent même pourquoi elle en impose, tout court. Ne relève-t-elle pas du divin? Dieu n'est-il pas au-dessus des règles? Par exemple, d'après le rituel copte, pourquoi doit-on retirer ses chaussures avant de prendre part à l'Eucharistie? Et pourquoi doit-on jeûner pendant neuf heures avant d'y prendre part? etc...


Avant de pouvoir comprendre la raison d'être de ces règles, il faut d'abord réaliser que l'Église diffère de toutes les autres entités de l'univers: elle est théanthropique, ce qui veut dire qu'elle intègre à la fois des caractéristiques divines et humaines. Elle se situe à l'intersection des deux. C'est donc effectivement une entité divine, mais également humaine, car nous en faisons partie. Nous constituons tous ensemble le corps du Christ. Et là où il y a des humains, il y a des faiblesses. C'est pourquoi la portion humaine de l'Église a besoin de règles pour fonctionner.


Mais soyons clairs: ces règles de l'Église n'ont rien à voir avec les lois de la laïcité. Entre autres, elles visent notre salut, notre sanctification. Elles sont là pour nous apprendre à vivre selon la volonté de Dieu. Bref, ces règles sont un peu comme un canon, une mesure, un barème pour nous aider à nous évaluer, afin de nous assurer que nous allons dans la bonne direction. Comme saint Paul le mentionnait aux Thessaloniciens:


« (...) Puisque vous avez appris de nous comment vous devez vous conduire et plaire à Dieu, (...) nous vous prions et nous vous conjurons au nom du Seigneur Jésus de marcher à cet égard de progrès en progrès.


Vous savez, en effet, quels préceptes nous vous avons donnés de la part du Seigneur Jésus.


Ce que Dieu veut, c'est votre sanctification... » (1 Thessaloniciens 4:1-3) Ici, saint Paul fait allusion à certains commandements qui leur furent donnés et qui les avaient aidés à intégrer les valeurs du christianisme et à comprendre comment plaire à Dieu. Il en va de même pour les règles spirituelles. Par elles, l'Église s'assure que notre vie spirituelle se porte bien et qu'elle est conforme à la volonté de Dieu; que nous progressons vers notre sanctification, notre sainteté.


Mais alors, pourquoi faut-il qu'il y ait tant de règles? Certaines semblent même s'attarder aux moindres détails. À ceci, l'Église répond: Vous vous rappelez du roi Salomon, lorsqu'il parlait des petits renards qui avaient ravagé les vignes?


Ces menus détails, ces petits péchés que nous commettons et que nous croyons anodins? Pourtant, ils nous affectent. En condamnant les pharisiens, Dieu leur avait dit ceci:


« (...) Malheur à vous, pharisiens! parce que vous payez la dîme de la menthe, de la rue, et de toutes les herbes, et que vous négligez la justice et l'amour de Dieu: c'est là ce qu'il fallait pratiquer, sans omettre les autres choses. » (Luc 11:42) Le Christ n'était pas seulement centré sur l'amour et la justice; il était également attentif aux menus détails. En vérité, la sainteté n'arrive pas comme par enchantement. Pour y accéder, il faut viser la perfection dans chacun des aspects de notre vie. À ceci, vous pourriez répondre:


Mais je ne veux pas être un saint! Et ce serait votre choix. Mais la volonté de Dieu, c'est de vous sanctifier, de vous amener à la sainteté. Par conséquent, l'Église étant une entité divine et humaine, elle tente de faire en sorte que Dieu soit présent en chacun de nous par l'intermédiaire de l'Esprit, et les règles qu'elle impose appuient cet objectif.


Un autre aspect qu'il faut mentionner dans cette discussion, c'est ce que signifie le corps du Christ. Comme vous le savez, nous sommes tous unis au Christ par l'entremise de l'Eucharistie.


Tous les membres de ce même corps devraient vivre une vie spirituelle commune. Il nous faut prier ensemble, jeûner ensemble, lire ensemble, afin que tous ces gestes reflètent notre vie en κοινωνία (kinonía), en communion.


Cette idée va plus loin que le simple fait d'être assis tous ensemble dans une même salle.


Elle doit nous amener à nous unir les uns aux autres, à la manière de la Sainte Trinité. Dans ce contexte, il est tout à fait normal que l'Église ait établi des règles spirituelles dans toutes nos activités, afin de les normaliser. Ces règles s'appliquent à tous les chrétiens orthodoxes partout dans le monde, où qu'ils soient, quel que soit leur âge, et tout le reste.


Le principal problème avec ces règles, c'est de les mettre en application. Certains y résistent ou les rejettent carrément, prétextant à tort qu'elles n'ont rien de spirituel. Comme nous l'avons expliqué, ces règles existent dans le but de nous édifier. Les rejeter, c'est nous élever au-dessus d'elles, afin de pouvoir inventer nos propres règles. Et d'ordinaire, nos règles sont plus souples que celles de l'Église. Cette façon de penser conduit directement à un appauvrissement spirituel, ce qui est contraire à ce que Dieu a voulu pour nous.


D'autres décident d'aborder ces règles de façon très légaliste. Autrement dit, ils mettent de côté le rôle spirituel qu'elles sont censées exercer et les suivent au pied de la lettre, comme les lois laïques. Et ce n'est pas mieux. Sans ce rôle spirituel, les règles ne donnent aucun résultat. Il faut donc les suivre avec un esprit ouvert en tout temps et les laisser nous édifier Il est question ici du Cantique des Cantiques 2:15. par l'obéissance qu'elles nous inspirent. Ainsi, j'encourage tous les serviteurs ou chefs d'Église à enseigner ces règles de manière adéquate et à se centrer sur la spiritualité qui les caractérise. Connaissez-les, vivez-les et enseignez-les.


Prenons un exemple pour conclure cette vidéo: pourquoi faut-il jeûner pendant 9 heures avant l'Eucharistie? L'idée est toute simple. Mais avant de parler de ces 9 heures, il faut d'abord comprendre le besoin de jeûner quand nous prions. L'Église s'inspire du chapitre 9 de Marc, verset 29, pour nous dire ce qui suit durant le carême:


« Il [c'est-à-dire le Christ] nous a enseigné que le jeûne et la prière chassent les démons, car il a dit: « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière et le jeûne. » Par le jeûne et la prière, Élie a été élevé au ciel et Daniel sauvé de la fosse aux lions... [et ainsi de suite] » (Liturgie de saint Basile, Oraison de la fraction du pain, adressée au Père durant le carême) - [traduction de la Paroisse Saint Mina et Saint Mercurious, Colombes, France] Ceci dit, pourquoi 9 heures? Est-ce dire que celui qui jeûne 8.5 heures ne peut prendre part à l'Eucharistie? Bien sûr que non. Si on nous demandait de jeûner avant la messe sans spécifier le nombre d'heures, certains feraient un jeûne de 3 heures et d'autres, un jeûne de 12 heures.


Mais répétons-le: nous faisons partie d'un seul corps. Nous sommes unis par le mystère de l'Église. Par conséquent, il est très pertinent de suivre tous ensemble la même règle spirituelle.


À ce propos, Saint Justin Martyr disait ceci:


« Ceux qui croient en la vérité de notre enseignement promettent d'abord de vivre en fonction de cet enseignement. Puis, on leur enseigne comment prier et supplier Dieu en jeûnant pour la rémission de leurs péchés. Et nous, les fidèles, nous prions et jeûnons avec eux. » (Saint Justin Martyr) - [traduction libre] Il précise que nous prions et que nous jeûnons avec eux. Il insiste encore sur la signification du corps unifié. En un mot, l'Église a décidé d'un certain nombre d'heures auquel presque tout le monde peut se conformer.


Comme le dit Sa Grâce, l'Évêque Raphaël, si quelqu'un dîne à midi et soupe entre 17 et 18 heures, c'est donc qu'il y a eu une période de 5 à 6 heures où il n'a pas mangé. Mais faut-il considérer ceci comme un jeûne? Non, car il a mangé ensuite. Une période de 9 heures sans manger est tout juste la période qu'il faut au corps pour qu'on considère qu'il a jeûné. Mais en jeûnant au niveau corporel, il faut aussi jeûner au niveau spirituel, c'est-à-dire sans pécher.


Compte tenu de tout ceci, observons le jeûne de 9 heures en toute obéissance, afin de pouvoir prendre part à l'Eucharistie avec tout le respect qui s'impose.


N'oubliez pas:


Connaissez votre foi, vivez votre foi et enseignez votre foi.


Et gloire à Dieu pour toujours. Amen.