Parlons d'icônes une fois de plus. Avez-vous déjà vu des croyants s'arrêter devant une icône, l'embrasser et lui allumer un cierge, ou vu un prêtre agiter l'encensoir devant elle? Sommes- nous en train de vénérer des images inventées par l'homme? À quoi ça rime tout ça? Allons voir de plus près ce que les icônes nous apportent et ce qu'elles représentent.
Bienvenue aux réponses d'une foi apostolique.
Lors de notre première vidéo sur le sujet, nous avons expliqué que les icônes n'étaient pas des idoles, en précisant que l'idée d'utiliser des images pour exprimer notre vénération nous venait du Seigneur lui-même, lequel avait fait de même en imposant ses normes de qualité lors de la construction du tabernacle. Si ce n'est pas déjà fait, nous vous recommandons fortement d'aller voir cette vidéo, en plus de celle-ci.
Puisque nous parlons d'icônes et encourageons leur usage dans les églises, il est très important de préciser que l'Église orthodoxe ne les utilise pas dans le simple but de décorer les murs de ses établissements. L'iconographie au sein de l'Église orthodoxe repose sur des valeurs théologiques très solides, ce qui fournit déjà un bon indice des véritables croyances de l'Église.
Pour mieux comprendre ceci, il faut faire appel à une déclaration théologique fondamentale de la foi chrétienne: l'humanité, compte tenu de sa déchéance, n'aurait pas pu s'élever jusqu'à Dieu. C'est donc Dieu qui est descendu jusqu'à nous. Dans son évangile, Saint Jean dit ceci:
« Personne n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître. » (Jean 1:18) En fait, ce qu'on dit ici, c'est que c'est seulement à partir du moment où le Verbe de Dieu, le Fils unique, s'est incarné et qu'il est venu vivre parmi nous que nous avons fait connaissance avec Dieu. Une fois de plus, saint Jean se montre très clair à ce propos:
« Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. » (Jean 1:14) Lorsque Jean dit nous avons contemplé sa gloire, il veut carrément dire que nous l'avons vu de nos yeux. Pour les créatures que nous sommes, le Dieu invisible était maintenant visible, grâce à son Logos incarné. Aucune autre confession n'ose déclarer que notre Dieu est entré dans l'histoire en tant qu'homme, qu'il s'est incarné pour nous et pour notre salut, qu'il était visible au même titre que les autres humains, et qu'il a marché sur terre, nous a parlé et a vécu parmi nous.
C'est là le mystère de l'incarnation dans toute sa beauté. Nous nous devons de célébrer la manifestation visible de Dieu en tant qu'être humain, et c'est ce que nous faisons de façon artistique en nous servant d'icônes qui représentent notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.
C'est parce que nous croyons au fait que Dieu se soit manifesté de façon visible et qu'il se soit incarné que nous voulons, nous aussi, le représenter de façon visible par l'iconographie.
Et c'est ainsi que l'Église célèbre son incarnation: en perpétuant la tradition des icônes.
Ceci dit, certains pourraient avancer que le fait d'encenser les icônes, de les embrasser ou de prier devant elles sont des gestes qui prouvent que nous les vénérons. Et encore ici, nous serions en profond désaccord. Pour mieux expliquer ceci, nous allons prendre un exemple tiré de la vie de tous les jours et nous appuyer sur la théologie.
Commençons par l'exemple. Et plusieurs vont s'y reconnaître. La plupart d'entre nous avons des photos de nos êtres chers que nous avons fait encadrer pour la maison et le bureau ou que nous avons placées sur nos appareils électroniques. Vous conviendrez qu'il n'est pas rare de voir des gens sourire ou s'émouvoir en regardant des photos prises à des moments et dans des lieux précis, comme à l'occasion d'un mariage ou lors de vacances en famille. On voit parfois des adultes, hommes ou femmes, embrasser la photo d'un enfant qu'ils traînent dans leur portefeuille. Certains vont même jusqu'à parler à la photo d'un disparu qui repose en paix avec le Seigneur.
Personne n'oserait prendre ces gens pour des fous, n'est-ce pas? Nous comprenons tous qu'en posant de tels gestes, ces personnes ne sont pas seulement en train d'embrasser l'encre du papier ou de parler à un cadre. Au contraire, nous savons que les photos qu'elles regardent ont une grande signification pour elles, même si pour nous, ce ne sont que des jets d'encre sur du papier ou des pixels parfaitement alignés sur un écran. Qu'elles soient d'un enfant, de grands-parents, d'un ami ou d'un mariage, ces photos peuvent susciter de nombreuses réactions émotives chez l'humain, tant dans son cœur que dans son âme.
Même dans nos vies quotidiennes, nous traitons les images comme si la personne elle- même était devant nous. Ceci est d'autant plus vrai pour nous, les chrétiens, lorsque nous saluons l'icône de notre mère à tous, la Theotokos. D'autant plus vrai aussi lorsque nous nous rappelons les pénibles moments de la crucifixion, la transfiguration ou l'entrée dans Jérusalem en passant devant leurs icônes respectives à l'église ou en voyant le prêtre qui secoue l'encensoir et embrasse l'icône du Christ, notre Seigneur et Sauveur.
Aucun de ces gestes n'est dirigé vers la substance matérielle qui constitue l'icône. C'est la personne qui est représentée sur l'icône qui nous intéresse: celle qui a vraiment vécu parmi nous jadis. Et la gloire de Dieu brille jusqu'à nous grâce à cette icône. Saint Jean Damascène, un moine syrien du 7 è siècle, ardent défenseur de l'iconographie, avait une très belle façon d'exprimer ce point de vue théologique dans ses écrits. Voici ce qu'il disait:
« Dans les temps anciens, Dieu ne pouvait jamais être représenté, étant sans forme ni corps. Mais maintenant que Dieu nous est apparu en chair et en os, conversant avec les hommes, je peux me faire une image du Dieu que je vois. Je ne vénère pas la matière; je vénère le Créateur de la matière, lequel s'est matérialisé pour moi. » (Saint Jean Damascène, Premier traité contre ceux qui décrient les saintes images, 1.16) - [traduction libre] C'était Jean Damascène et son Premier traité contre ceux qui décrient les saintes images.
C'est précisément pour cette raison que, pour nous, les iconographes ne sont pas de simples artistes. Ils ont le potentiel de devenir des théologiens à part entière. Ils effectuent un travail spirituel, pas seulement artistique. Bien sûr, la beauté est toujours appréciée, mais l'Église ne mise pas tant sur la beauté esthétique d'une icône que sur la qualité de son contenu et sa signification au sein de la vie liturgique.
C'est pourquoi chaque élément d'une icône porte un message. Chaque couleur a son importance. Et tous ces aspects reflètent directement les valeurs de l'église et vient confirmer que les icônes ne sont pas de simples fresques décoratives qui ornent nos églises et nos maisons: ce sont des outils qui nous aident à percevoir la lumière de Dieu.
Les icônes assurent deux fonctions importantes: ) Elles nous permettent de nous entourer de tout ce qui représente le ciel, nous rappelant ainsi que Dieu est venu de là-haut, que son royaume est véritablement à notre portée, et que nous y avons accès.
ET ) Elles nous permettent d'avoir un aperçu de l'éternité et d'accueillir la lumière divine qui émane de ceux et celles qu'elles représentent et qui ont déjà rejoint le Seigneur dans les cieux. En ce sens, les icônes proclament la foi de l'Église.
Revenons maintenant à saint Jean Damascène, lequel croyait tellement au pouvoir et à la théologie des icônes qu'il a fait la déclaration très audacieuse, belle et profonde, que voici:
« Si jamais un païen vous demande de lui montrer votre foi, conduisez-le à l'église et placez-le devant les icônes. » (Saint Jean Damascène) - [traduction libre] Ce que saint Jean sous-entend ici, c'est qu'en étant placé devant la multitude d'icônes que l'Église nous présente, nous verrons en elles la foi qui se trouve dans les Écritures, dans la sainte tradition et dans la vie des saints. Les icônes sont donc des vecteurs d'éducation théologique, et c'est ainsi qu'il faut en faire usage. Et plus encore, elles peuvent servir à édifier la personne qui en tire avantage. Nous y croyons tellement que lors de la prière de consécration des icônes, l'évêque s'assure de faire la demande suivante à Dieu:
« Ô Seigneur Dieu, notre Maître, le Pantocrator, Père de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ, toi qui t'es manifesté devant tes apôtres choisis par l'entremise de l'incarnation de ton Fils unique, nous te demandons et te supplions, ô amoureux de l'humanité, d'envoyer ton Esprit Saint sur cette icône, afin qu'elle deviennent un port permanent de salut et de constance pour tous ceux qui s'en approchent fidèlement, et qu'ils reçoivent par elle la grâce et le pardon de Dieu pour leur péchés. » (Bénédiction solennelle des icônes, rite copte orthodoxe) - [traduction libre] Ceci est un extrait de la Bénédiction solennelle des icônes de l'Église copte orthodoxe.
Mes bien chers frères, aux yeux de l'Église, une icône est une image divine sanctifiée et accessible à tous les croyants. Tous ceux parmi nous qui s'en approchent fidèlement et s'en servent pour vénérer Dieu peuvent en tirer tout ce que Dieu souhaite leur offrir par sa grâce.
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