Pour de nombreuses personnes, le mot justice a une grande valeur. Nous voulons tous que justice soit faite et qu'elle soit appliquée de la même façon pour tout le monde. Pourtant, les gens n'ont pas tous la même définition de la justice et de ses implications. Au cours de la discussion d'aujourd'hui, prenons le temps de bien comprendre ce que la notion de justice devrait représenter dans l'esprit d'un croyant chrétien.
Bienvenue aux réponses d'une foi apostolique.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique. Amen.
Qu'est-ce que la justice sur le plan chrétien? Notre conception de la justice et notre façon d'aborder les questions qui lui sont connexes rejoignent-elles ce qui se passe dans le monde séculier? Serait-ce possible que la justice, telle qu'appliquée par le Seigneur Jésus, soit un défi pour nous et qu'elle rende de nombreuses personnes inconfortables?
Mes bien chers frères, si vous avez pris le temps de regarder la première partie de cette série consacrée à la justice sociale, laquelle fut mise en ligne le 24 mars 2021, vous vous souviendrez sans doute que nous avons convenu qu'elle était une valeur importante au sein de la foi chrétienne. Par contre, nous avons aussi noté qu'il semblait y avoir une différence très marquée entre la façon dont le monde traite des questions de justice et la stratégie que le Seigneur nous invite à adopter. Aujourd'hui, nous tenterons de vous faire voir que la façon chrétienne d'aborder les questions de justice et effectivement très différente de celle du reste du monde.
Commençons par un extrait notoire de l'Évangile selon saint Jean. Dans cet extrait, les scribes et les pharisiens arrêtent une femme prise en flagrant délit d'adultère et décident de l'amener au Seigneur Jésus Christ, afin de le mettre à l'épreuve en lui demandant de quelle façon ils devraient traiter l'affaire. Allons lire ensemble: '' Comme ils continuaient à l'interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.
Et s'étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. [Et] quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu'aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. [Et] alors s'étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t'accusaient? Personne ne t'a-t-il condamnée? [Et] elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. » (Jean 8:7-11) Cet extrait provient de l'Évangile selon saint Jean, chapitre 8, versets 7 à 11. Mes frères, veuillez noter ici que le Seigneur est pleinement au courant de la loi. Il l'a lui-même donnée au peuple, donc il la connaît très bien. Remarquez également qu'il ne contredit pas la loi. Il ne nie pas que la femme mérite d'être lapidée. En réalité, le Seigneur démontre que sa conception de la justice est nettement différente de celle des détracteurs. D'ailleurs, saint Augustin, dans son commentaire sur ce passage, vient mettre tout cela en évidence. Il dénonce la bêtise des scribes et des pharisiens et leur façon détournée de faire régner la justice. Allons voir cette explication de saint Augustin:
« ...[les détracteurs] ont mis [Jésus] dans l'embarras face au troisième problème de justice. Car la loi exigeait que les personnes coupables d'adultère soient lapidées et il était inconcevable que la loi soit injuste. [Et] quiconque avait le malheur de suggérer autre chose que ce qui était prescrit par la loi était perçu comme étant injuste. Par conséquent, ils complotaient ainsi entre eux (...) « S'il décide de la laisser partir, il commettra une injustice. Mais, disaient-ils, s'il veut continuer d'être doux, ce que le peuple apprécie déjà au plus haut degré, Jésus sera obligé de la laisser partir. »
« Ils espéraient ainsi trouver une occasion de l'accuser d'avoir enfreint la loi, afin de pouvoir le lapider lui aussi, en plus de la femme (...). Mais par sa réponse, notre Seigneur a été juste à sa façon, sans toutefois compromettre sa gentillesse. Ils lui ont tendu un piège, mais ce sont eux qui s'y sont pris les pieds, car ils n'ont pas cru en celui qui aurait pu leur éviter d'être pris à leur propre piège. » (Saint Augustin, Traités sur l'Évangile selon saint Jean, Traité #33, paragraphe 4) - [traduction libre] Saint Augustin poursuit sa réflexion un peu plus loin et fait une très belle déclaration sur ce à quoi devrait ressembler la vraie justice. Voici ce qu'il dit:
« Quelle fut alors la réponse du Seigneur Jésus? Comment la vérité même a-t-elle répondu? Comment la sagesse même a-t-elle répondu? Comment la droiture même a- t-elle répondu, alors qu'on se préparait à l'accuser faussement? Il n'a pas dit « ne la lapidez pas »; autrement, il aurait été perçu comme contrevenant à la loi.
« Mais il n'était pas question non plus de dire « lapidez-la », car s'il est venu, ce n'est pas pour perdre ce qu'il a trouvé, mais pour trouver ce qui a été perdu. Alors, qu'a-t-il répondu? Voyez comme sa réponse est remplie de droiture, de douceur et de vérité:
« Que celui qui n'a jamais péché lui lance la première pierre! »... C'est la voix de la justice qui a parlé! », [dit Saint Augustin]. (Saint Augustin, Traités sur l'Évangile selon saint Jean, Traité #33, paragraphe 5) - [traduction libre] Dans cet extrait de saint Augustin, la mention d'un « troisième problème de justice » fait allusion aux trois types d'infractions que la justice était chargée d'administrer à l'époque de Jésus: les infractions contre la nature, les infractions aux coutumes et les infractions à la loi. L'adultère, délit dont il est question ici, faisait partie du troisième type d'infractions, les infractions à la loi, d'où la mention de « troisième problème de justice ».
Quelle est la signification de ceci? Que veut-il dire par la voix de la justice a parlé? Ce qu'on démontre ici, c'est que le Seigneur souhaite restaurer la personne qui a péché, et non pas la condamner. Il existe de nombreux exemples de ceci dans ce que nous rapportent les Écritures quant au ministère du Seigneur. C'est la raison pour laquelle l'Église nous enseigne que le Seigneur ne souhaite pas la mort du pécheur, mais plutôt son retour à la vie. Alors, qu'est-ce que la justice?
Permettez-moi un peu d'élargir nos horizons en examinant ce que la langue peut nous apporter. Le mot grec mis pour justice est δικαιοσύνη (dikaiosíni). Ce mot a la même racine que le mot droit ou droiture, ce qui évoque l'idée de rectifier ou d'être en règle. Parmi les autres mots dignes de mention, on peut penser à quelqu'un qui est juste, à un geste qui est justifié, et même au verbe ajuster.
Pensons également à la fonction justifier dans un programme de traitement texte: celle-ci permet d'aligner un texte de manière à ce qu'il occupe un espace précis. Et qu'entend-on par le fait d'ajuster quelque chose? Ce verbe implique souvent le redressement de l'objet en question, afin qu'il tienne en place ou qu'il reste dans la position voulue. Nous oublions tout ceci lorsque nous parlons de justice.
Mais en réalité, la justice devrait être centrée sur le redressement, la restauration et le renouvellement de l'être humain: la mise au point de son âme. C'est précisément ce qui caractérisait le ministère et l'enseignement du Seigneur Jésus. Il était constamment à la recherche de ceux et celles qui avaient besoin d'ajustement et il leur faisait regagner leur place au sein de son Père, plein d'amour et de miséricorde.
Prenons un autre exemple, afin d'illustrer comment la justice intervient dans les Écritures, sans pour autant s'encombrer du contexte judiciaire qu'on a typiquement tendance à lui imposer. Allons consulter l'Évangile selon saint Matthieu, au chapitre 1:
« Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint Esprit, avant qu'ils eussent habité ensemble. [Et] Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle.
Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit: Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l'enfant qu'elle a conçu vient du Saint Esprit. » (Matthieu 1:18.20) Pour quelle raison l'évangéliste tient-il à préciser que Joseph était un homme droit et que, de ce fait, il ne voulait pas traîner Marie sur la place publique? Et pourquoi pas? S'il est vrai qu'il était juste, du moins pour son époque, n'est-il pas raisonnable de présumer qu'il savait qu'elle était devenue enceinte avant d'être mariée et qu'elle méritait le châtiment prévu par la loi, c'est-à-dire la mort à coup sûr? N'aurait-il pas été dans son droit de la livrer, afin qu'elle soit lapidée? Et faut-il le préciser: les Écritures disent clairement que la justice dont il a fait preuve à son égard s'est manifestée avant même qu'un ange ne vienne lui confirmer que l'enfant était conçu du Saint-Esprit et non par adultère.
Encore ici, l'Évangile nous indique clairement que pour être juste ou exercer la justice de Dieu, il faut faire preuve de sagesse divine et de miséricorde, en visant la restauration de la personne. Saint Jean Chrysostome a voulu mettre Joseph en évidence pour la grâce dont il a fait preuve. Il a donc expliqué que la réaction de Joseph ne fut rien de moins que l'expression du plus haut standard de qualité qu'une âme humaine puisse avoir dans le contexte où il évoluait. Allons lire ensemble ce commentaire de saint Jean Chrysostome:
« Ne voyez-vous pas ici un homme [Joseph] faisant preuve d'une maîtrise de soi exceptionnelle, sur lequel la plus tyrannique des passions, la jalousie, n'a aucune emprise? (...) Joseph était tellement dépourvu de jalousie qu'il aurait été prêt à tout pour éviter le moindre désarroi à la Vierge, si minime soit-il. Le fait de garder Marie chez lui semblait être une transgression de la loi, mais pour lui, l'exposer sur la place publique et la faire juger, c'était la livrer à une mort certaine. [Et] ça, il n'en était pas question. Joseph décida donc de suivre une norme supérieure à la loi. Car maintenant que la grâce imprégnait son esprit, il lui semblait approprié de laisser s'exprimer les nombreux signes de cette citoyenneté exaltée. » (Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'Évangile selon saint Matthieu, #4.4) - [traduction libre] Cette règle qui dépasse la loi et dont nous parle saint Jean Chrysostome, c'est la norme de justice à laquelle le Seigneur nous invite. Il ne s'agit pas seulement d'être des citoyens qui respectent la loi ou qui se portent à la défense des valeurs inclusives et égalitaires dans leur pays. Bien qu'il soit effectivement important et bénéfique d'adopter ces comportements, ils sont toutefois insuffisants à eux seuls pour que nous puissions être en mesure d'offrir aux autres cette transformation purificatrice que le Seigneur souhaite tous nous voir offrir. Pour un chrétien, la justice doit être une occasion d'aimer le pécheur et de voir au-delà du mal; d'espérer, de prier, et de contribuer activement à la restauration de la personne qui est en face de lui.
Ceci dit, je suis conscient que plusieurs peuvent avoir peur en entendant cela. Certains peuvent se demander: Est-ce dire que nous devrions fermer les yeux sur l'abus et le mal?
Doit-on se résoudre à tolérer le mal dans l'espoir qu'un pécheur se repente? La réponse toute simple à ces questions, c'est non. Nous ne devons jamais tolérer le mal, surtout si nous sommes en mesure d'aider quelqu'un qui a besoin de notre intervention.
Alors comment défendre le vulnérable, tout en aidant le transgresseur à revenir vers Dieu?
Voilà le dilemme chrétien qui devrait vraiment nous tenir éveillés. Nous pourrons peut-être y revenir dans une éventuelle partie 3 de cette série. Mais d'ici là, il nous faut prier pour que le Seigneur nous donne son amour, ce même amour qui nous amène à vouloir nous battre pour les sans défense, qui nous aide à travailler sans relâche pour ramener vers Dieu ceux qui se sont égarés et qui, ce faisant, ont blessé non seulement eux-mêmes, mais possiblement les autres aussi.
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