Bienvenue aux réponses d'une foi apostolique.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique. Amen.
Mes bien chers frères, nous poursuivons aujourd'hui notre enquête sur les passions que nous combattons au quotidien et qui nous empêchent d'atteindre notre plein potentiel au sein de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La passion à l'étude cette fois-ci sera la colère. Voici donc la question d'aujourd'hui: Pourquoi la colère est-elle une passion de l'esprit?
Encore une fois, nous débuterons en vous rappelant que nous en sommes à la cinquième vidéo de cette série. Ainsi, tous ceux et celles qui aimeraient mieux comprendre ce qui constitue une passion sont invités à consulter la première vidéo de la série. Pour l'instant, révisons ensemble... Une passion se développe au sein d'une personne lorsque les facultés et les présents qu'elle a reçus de Dieu sont investis à tort dans des choses qui ne se rapportent pas à Dieu et qui finissent par nous en détourner.
Certains peuvent se demander: En quoi la colère peut-elle être un don de Dieu? Eh bien, dans les faits, la colère a toujours fait partie intégrante des réactions humaines face au mal et à l'iniquité. Elle bondit naturellement dans l'esprit de l'homme lorsque sa conscience, adéquatement encadrée par l'Esprit Saint, se retrouve face à quelque chose de déraisonnable.
C'est par cette colère que Dieu avait prévu de nous faire prendre position devant le mal et de résister aux tentations.
C'est pour cette raison que nous n'avons aucun problème à raconter ce que disent les Écritures à propos des différentes situations maléfiques qui excitèrent de la colère du Seigneur. Même dans le Nouveau Testament, dans les Évangiles selon saint Matthieu et saint Marc, on raconte que le Seigneur s'est mis en colère lorsqu'il a constaté que temple avait été converti en marché public: il se mit à retourner les tables et à faire le ménage dans le temple. Nous aussi avons été créés par Dieu, afin de réagir de cette manière face à ce qui est mal. La colère fut donnée à l'humanité, afin qu'elle exprime son zèle de façon appropriée pour tout ce qui est divin et droit. Cependant, la colère passionnelle dont nous parlons aujourd'hui n'est pas axée sur la défense de Dieu et de sa droiture. Elle est sert plutôt à défendre notre ego et notre conception erronée de ce qu'est l'honneur. Au lieu de détester ce qui est mal, nous nous mettons à détester notre prochain. Examinons ceci en détail, afin de mieux comprendre.
Le christianisme se résume souvent à l'expression d'un amour véritable et sincère envers Dieu et notre prochain. En revanche, la colère devient une passion lorsque notre prochain devient l'objet de notre colère. Au lieu de nous sentir provoqués par le mal et le délit qui est commis, nous ne voyons que celui qui a commis le délit. En tant que chrétiens, c'est le mal que nous devrions avoir en horreur, et non pas celui qui en est la proie. Chacun de nous sait ce que l'on ressent quand on tombe dans un vilain piège qu'on nous a tendu. Alors, pourquoi nous mettre en colère quand nous voyons les autres tomber eux-mêmes dans des pièges? Sainte Synclétique d'Alexandrie, une grande mère du désert ayant vécu en Égypte au 4 è siècle, nous conseille ceci:
« Détestez la maladie, mais pas celui qui est malade... » (Sainte Synclétique, Les sentences alphabétisées, 23) - [traduction libre] Cependant, quand notre honneur, notre respect, notre personne se trouvent quelque peu insultés, nous ressentons facilement la colère qui monte en nous. Et une fois qu'elle occupe toute la place dans notre cœur, nous la dirigeons vers l'autre, notre prochain, celui que nous étions censés aimer. Éventuellement, nous nous mettons à le juger, à le maudire, et même à l'haïr.
Ainsi, la colère peut prendre différentes formes. Nous connaissons très bien ses manifestations extérieures, telles que l'animosité, la haine, l'hostilité et l'aversion. Il existe cependant des manifestations intérieures de la colère qui sont tout aussi dangereuses pour l'âme. Par exemple: le jugement intérieur, l'impatience, la dérision, l'indignation, la rancune, et bien d'autres. Après un temps, on se met à éprouver de la joie ou de la satisfaction face au malheur ou à la peine de l'autre. Peu à peu, la colère dépersonnalise l'autre à nos yeux et bientôt, nous ne le voyons plus comme notre prochain, mais comme une créature dépravée, indigne et déplaisante. Au bout du compte, la colère crée une barrière et nous éloigne de Dieu et des autres.
En étudiant la colère, on découvre par l'Église qu'elle est intimement liée à l'orgueil, lequel est un état où la personne se croit meilleure que les autres et où elle s'offense facilement. Pour l'orgueilleux, son honneur et son ego sont beaucoup plus importants que l'amour et le respect de son prochain. Puisque sa seule préoccupation est de savoir comment il se perçoit lui- même et comment les autres le perçoivent, il est sujet à s'emporter facilement et à devenir furieux, au point de ne plus savoir ce qu'il fait. Dans le livre du Siracide, l'auteur nous prévient que ceux qui sont orgueilleux et qui s'emportent facilement ne sont pas bien vus devant Dieu.
Écoutez ce qu'il dit:
« Celui qui fait le mal le verra rouler sur lui, et il ne saura pas d'où cela lui vient.
Le sarcasme et l'outrage sont dans la bouche des orgueilleux, mais la vengeance les guette comme un lion.
Ils seront pris au piège ceux que réjouit le malheur des hommes pieux, et la douleur les consumera avant leur mort. [Écoutez bien ceci:] Le ressentiment et la colère, eux aussi, sont détestables, et le pécheur les possède. » (Siracide 27:27-30) - [Bible catholique Crampon 1923] On constate ici comment l'orgueil, la colère et la furie se recoupent tous au sein d'une même personne aveuglée par cette passion. Cet aveuglement ne devrait pas être pris à la légère. Il est justifié, ici, de parler d'aveuglement, car en vérité, lorsque la colère est bien installée, la personne se met à se comporter et à réagir en montrant des signes de folie. Dans la vie, nous avons tous été témoins de gens qui passent de 0 à 100 en quelques secondes, étant envahis par une colère soudaine.
Prenons, par exemple, la rage au volant. La perte de contrôle est totale. La personne peut y perdre toute sa capacité de raisonner et se placer elle-même et les autres en danger, juste pour exprimer sa colère derrière le volant. Sans compter que, bien souvent, cette colère s'accompagne de jurons, de cris, et parfois de violence. Quels autres termes pourrait-on employer, si ce n'est que l'aveuglement et la folie?
Saint Jean Chrysostome nous incite à garder en tête que non seulement nous devrions éviter de faire subir notre colère aux autres, mais nous ne devrions même pas lui laisser de place, évitant ainsi de nous y perdre. Écoutez ce qu'il dit en parlant de ceux qui se croient en droit de se venger de ceux qui les ont offensés. Saint Jean dit ce qui suit:
« Il ne s'agit pas simplement de renoncer à la colère: ne la retenez même pas dans votre esprit; n'y pensez pas. Éliminez toute rancune. Débarrassez-vous de la douleur.
Car vous pensez faire payer votre prochain pour votre blessure, mais vous ne faites que vous tourmenter vous-mêmes en utilisant votre rage pour mettre à mort toutes les composantes de votre être et vous déchirer les entrailles. Car qui peut être plus misérable que l'homme qui est continuellement en colère? Et tout comme les fous qui n'ont jamais de tranquillité, celui qui entretient la rancune et retient son ennemi ne goûte jamais au bonheur d'être en paix en s'animant d'une colère incessante comme il le fait, et en multipliant la tempête de ses pensées qui lui remémorent ses paroles et ses gestes, et en détestant le nom de celui-là même qui l'a offensé. » (Saint Jean Chrysostome, Homélies sur les statues, 20.6) - [traduction libre] Mes bien chers frères, nous devons faire l'effort de comprendre à quel point une telle passion est sérieusement mauvaise. Depuis des générations, elle est la cause de conflits dans les familles, entre amis et même entre nations. Le fait de se limiter à dire Je suis né comme ça ou J'ai tendance à me fâcher n'est pas une excuse qui justifie de laisser cette passion faire la loi dans notre esprit ni de nous soumettre à ses fantaisies. Nous devons apprendre à nous tourner vers Dieu, afin que l'Esprit Saint puisse nous apprendre à faire preuve d'humilité, de patience et d'amour les uns envers les autres. Avec un peu de chance, après avoir constaté l'ampleur des dommages que la colère nous cause, à nous et à notre entourage, nous pourrons demander au Seigneur d'avoir pitié de nous et commencer à nous repentir.
N'oubliez pas, mes frères:
Connaissez votre foi, vivez votre foi et enseignez votre foi.
Et gloire à notre Dieu maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.