Il peut vous arriver à l'occasion de bavarder avec quelqu'un qui n'est pas d'accord avec le fait de s'adresser à un prêtre en l'appelant père. Parfois, ceux qui sont de cet avis refusent même d'utiliser ce terme avec leur propre paternel. Ils sont d'ordinaire très rapides à dire que personne sur terre ne devrait être appelé père, s'appuyant sur ce qu'en dit Matthieu au chapitre 23. Mais qu'il soit question de tradition orthodoxe ou catholique, il y a des siècles que le mot père est passé dans l'usage courant lorsqu'on s'adresse à un prêtre ou à un parent biologique. Alors, est-ce approprié de l'utiliser? Et si oui, comment le justifier?


Bienvenue aux réponses d'une foi apostolique.


Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique. Amen.


Au chapitre 23 de l'Évangile selon saint Matthieu, on dit que personne sur terre de devrait être appelé père. On y dit aussi que personne ne devrait être appelé maître. Mais devons- nous prendre ces versets au sens strict ou devons-nous leur donner un sens plus approfondi?


S'il faut les prendre au sens strict, alors nous ne devrions jamais utiliser le terme père quand on s'adresse à un prête ou à nos parents biologiques et nous ne devrions pas utiliser le mot maître non plus. Mais un coup d'œil rapide au reste des Écritures suffit à démontrer que ces versets ne doivent pas être pris au sens strict et que le chapitre 23 de Matthieu doit être replacé dans son contexte. Je cite ici seulement quelques exemples.


À 1 Corinthiens, saint Paul parle à l'assemblée comme ceci:


« Ce n'est pas pour vous faire honte que j'écris ces choses; mais je vous avertis comme mes enfants bien-aimés.


Car, quand vous auriez dix mille maîtres en Christ, vous n'avez cependant pas plusieurs pères, puisque c'est moi qui vous ai engendrés en Jésus Christ par l'Évangile. » (1 Corinthiens 4:14-15) Ici, saint Paul se dit le père des enfants spirituels qu'il a engendrés par le Christ. On peut le citer encore lorsqu'il s'adresse à saint Timothée:


« à Timothée, mon enfant légitime en la foi: que la grâce, la miséricorde et la paix, te soient données de la part de Dieu le Père et de Jésus Christ notre Seigneur! » (1 Timothée 1:2) Saint Jean, le bien-aimé, fait de même. Dans son Épître, il dit ceci:


« Je n'ai pas de plus grande joie que d'apprendre que mes enfants marchent dans la vérité. » (3 Jean 1:4) Dans les deux derniers versets, on remarque que, de toute évidence, les apôtres considèrent leurs disciples comme étant leurs enfants, ce qui suggère leur paternité spirituelle. Ces versets justifient l'usage du mot père lorsqu'on parle de la prêtrise du Christ. N'oubliez pas: saint Paul et saint Jean étaient ses Apôtres. À proprement parler, ils étaient l'équivalent des évêques de notre époque.


De plus, le mot père est utilisé à plusieurs endroits lorsqu'il est question de paternité biologique.


Dans son Épître aux Éphésiens, chapitre 6, versets 1 à 4, on peut trouver un exemple où saint Paul parle aux pères biologiques et demande aux enfants d'honorer leur père et leur mère.


Tout ceci illustre clairement que le chapitre 23 de Matthieu ne doit pas être pris au sens strict.


Et quel est donc le sens de ce chapitre 23 de Matthieu? Allons lire ensemble ce que le Christ y dit:


« Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse.


Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent; mais n'agissez pas selon leurs œuvres. Car ils disent, et ne font pas.


Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt.


Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes. Ainsi, ils portent de larges phylactères, et ils ont de longues franges à leurs vêtements; ils aiment la première place dans les festins, et les premiers sièges dans les synagogues; ils aiment à être salués dans les places publiques, et à être appelés par les hommes Rabbi, Rabbi.


Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères.


Et n'appelez personne sur la terre votre père; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux.


Ne vous faites pas appeler directeurs; car un seul est votre Directeur, le Christ. » (Matthieu 23:2-10) Le problème ici, c'est que les pharisiens étaient des pères imparfaits. Ils faisaient mauvais usage de l'autorité paternelle que Dieu leur avait confiée en imposant de lourdes règles aux hommes, alors qu'ils s'en détournaient eux-mêmes. C'est pour cette raison précise que dans le reste du chapitre 23 de Matthieu, on peut lire les dures critiques du Christ envers les pharisiens, alors qu'il est traite d'hypocrites à plusieurs reprises. Autrement dit, ils incarnaient une paternité corrompue, étrangère aux préceptes de Dieu. Le message qui est sous- entendu ici, c'est qu'il faut guérir cette paternité corrompue et la ramener au cadre réel que Dieu le Père lui a donné. Saint Jérôme l'explique de la façon suivante:


« Souvenez-vous de cette distinction. C'est une chose d'avoir des aptitudes naturelles à être un père ou un maître, mais c'est une tout autre chose de l'être par générosité.


Car si nous appelons un homme notre père et que nous l'honorons pour son âge, nous oublions peut-être ainsi d'honorer celui qui est l'Auteur de nos vies. Quelqu'un ne peut être appelé maître que par son association avec le vrai Maître. Je le répète: Le fait que nous ayons un Dieu et un Fils de Dieu tous deux uniques par leur nature n'empêche pas les autres d'être considérés comme des fils de Dieu par adoption. Dans un même ordre d'idées, cela ne rend pas inutiles les termes père et maître et n'empêche pas les autres d'être appelés des pères. » (Saint Jérôme) - [traduction libre] Ce qu'il dit ici est absolument capital et je vous explique pourquoi à l'instant. Il dit que le Fils de Dieu est Fils de par sa nature et que nous pouvons également être appelés des fils, mais des fils par adoption. De même, il y a le Père par sa nature qui est Dieu le Père et un autre père qui l'est par générosité ou par grâce, ce qui signifie qu'il a reçu le don de paternité. Ainsi, en honorant quelqu'un comme un père uniquement pour ce qu'il est, pour son identité, nous sommes dans l'erreur. Par contre, il est approprié d'appeler quelqu'un maître s'il est associé au vrai Maître. De même, quelqu'un peut être appelé père s'il est associé au vrai Père, c'est- à-dire Dieu.


Il convient donc d'utiliser le mot père pour s'adresser aux pères biologiques ou aux prêtres, tel qu'on le fait dans le cadre de la paternité de Dieu. Nos pères biologiques ont reçu de Dieu le don de procréation, ce qui veut dire qu'ils participent à la création avec Dieu et ceci les rend éligibles à se faire appeler des pères, puisqu'ils opèrent sous la paternité de Dieu. Il en va de même pour les prêtres, puisqu'ils ont reçu le don de prêtrise du Christ. Ils sont devenus les bergers de leur troupeau, ce qui les rend aptes à se faire appeler des pères, tel que ce fut le cas pour saint Paul dans sa première Épître aux Corinthiens, au chapitre 4, verset 15.


Cette notion de partage de la paternité de Dieu se retrouve aussi au chapitre 3 de l'Épître aux Éphésiens:


« À cause de cela, je fléchis les genoux devant le Père, duquel tire son nom toute famille dans les cieux et sur la terre, afin qu'il vous donne, selon la richesse de sa gloire...» (Éphésiens 3:14-16) Le mot que l'on a ici traduit par famille correspond au mot grec πατρια (patria), lui-même dérivé du mot grec πάτερ (páter), qui signifie père. Ces versets pourraient donc être traduits comme suit:


« À cause de cela, je fléchis les genoux devant le Père, duquel tire son nom toute [paternité] dans les cieux et sur la terre...» (Éphésiens 3:14-15) Autrement dit, si la famille sur terre est une famille, c'est qu'elle comprend un père et une mère qui partagent la paternité de Dieu, en conformité avec son plan divin. Dans cet extrait, nous avons un exemple de la paternité qui s'exprime sur terre et au sein de Dieu qui est au ciel. Saint Jean Chrysostome dit également:


« Encore une fois, n'appelez personne votre père. On dit ceci, afin qu'ils sachent qui est celui qu'ils devraient appeler Père lorsqu'on s'adresse aux plus hautes instances.


Ceci n'est pas dit à la légère comme s'il ne fallait jamais appeler personne père. Tout comme un maître humain n'est pas le Maître divin, de même, un père n'est pas le Père qui est à l'origine de tout... » (Saint Jean Chrysostome) - [traduction libre] En d'autres mots, Dieu le Père est le Père ultime et toute véritable paternité passe par lui.


Tout autre type de paternité ne saurait être considéré comme étant une vraie paternité. Par exemple, un père biologique qui demande à son fils de mentir pour cacher une faute qu'il a commise: dans ce cas, nous avons affaire à une paternité terrestre qui exclut Dieu. C'est pourquoi on dit qu'il ne faut pas appeler n'importe qui un père et qu'il faut rejeter toute paternité qui évolue en dehors du cadre de Dieu. Un père chrétien ne devrait pas s'adonner à de telles pratiques; il devrait toujours exercer sa paternité au sein de Dieu.


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