Bienvenue aux réponses d'une foi apostolique.
Au Père et au Fils, le Saint-Esprit, le Dieu unique. Amen.
La question de ce mois-ci nous fut soumise par ceux qui nous regardent: Que faut-il faire pour vraiment vivre avec Dieu? Plusieurs d'entre nous vont à l'église, prient, lisent la Bible et font tout le nécessaire, d'après ce qu'on leur a appris en théorie. Pourtant, ils ont l'impression qu'il leur manque quelque chose, comme si leur vie spirituelle n'était pas tout à fait véritable.
D'autres nous disent qu'il est sûrement possible de faire mieux, mais ils sont incapables de trouver ce qu'ils pourraient ajouter à leur routine. Le message d'aujourd'hui vient tout changer.
Il fera la différence entre une prière mitigée et une prière qui vient du cœur; la différence entre se sentir enflammé pour Dieu ou ne rien sentir du tout après une séance de prière.
Pour vraiment vivre avec Dieu, il faut absolument franchir une étape vitale, soit celle de renoncer au monde et de se consacrer à Dieu. Ces deux actions sont intimement reliées et ne sont pas exclusives à la vie monastique ou sacerdotale. Il s'agit de prendre activement la décision de se consacrer à Dieu. Il n'est pas question de quitter son emploi, mais d'être un vrai chrétien au travail. Pas question non plus de se débarrasser de son argent, mais de se dépouiller de l'avarice et de la convoitise, etc. Il s'agit de choisir Abraham quand on peut choisir Lot. En effet, au chapitre 13 de la Genèse, Lot avait choisi de vivre à Sodome dans l'espoir d'y devenir prospère, malgré la déchéance notoire de ses habitants.
Tout ce que Dieu a créé est bon, alors il n'est pas question de se priver de ses dons, mais d'éviter de s'en servir de façon dénaturée. C'est la seule vraie façon d'atteindre l'ultime objectif que l'on s'est fixé, soit celui de vivre à la ressemblance de Dieu. Comme le disait saint Paul dans son Épître aux Romains:
« (...) Ayez le mal en horreur; attachez-vous fortement au bien. » (Romains 12:9) Rappelez-vous que la spiritualité orthodoxe n'est pas seulement axée sur le fait d'aller au ciel et d'éviter l'enfer. Elle veut également que nous commencions à vivre le paradis ici et maintenant; que nous soyons la parfaite épouse du Christ, dans la mesure du possible. Pour y parvenir, il faut joindre notre voix à celle du Christ lorsqu'il proclame:
« Mon royaume n'est pas de ce monde... » (Jean 18:36) Même si nous vivons dans ce monde, nous voulons beaucoup mieux; quelque chose que les yeux n'ont jamais vu, que les oreilles n'ont jamais entendu, qui n'est jamais entré dans le cœur de l'homme; quelque chose que Dieu a préparé à l'intention de ceux qui l'aiment.
En ce sens, le fait de renoncer au monde est crucial pour notre vie spirituelle. La véritable spiritualité ne saurait exister sans notre volonté de nous libérer du mal et de nous engager envers Dieu. Nos actions doivent démontrer à qui nous appartenons. Par exemple, lorsqu'il y a une bonne relation entre un parent et son enfant, on remarque souvent que l'enfant devient le reflet du parent. Non seulement ils se ressemblent physiquement, mais surtout, ils se comportent de façon semblable.
Comme chrétiens, nous nous devons d'imiter notre Père céleste. C'est en agissant comme lui que nous devenons vraiment ses fils et ses filles. Et soudain, la vie prend tout son sens. Dieu devient le modèle de nos vertus. Dans la Lettre à Diognète, l'un de mes favoris parmi les textes patristiques, on peut lire ceci:
« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier (...). Ils habitent les cités grecques et les cités barbares (...); ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. » (Lettre à Diognète, Les chrétiens dans le monde, paragraphe 5) - [traduction du Saint Siège, https://www.vatican.va/content/vatican/fr.html ] Ce que le texte nous dit ici, c'est qu'en surface, les chrétiens n'ont aucun trait particulier qui les démarque. Ils s'habillent et mangent comme tout le monde, parlent la même langue et semblent mener une vie tout à fait normale. Pourtant, d'après l'auteur, ils sont différents:
« Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers (...). Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés [car à une certaine époque, les parents sacrifiaient leurs enfants]. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire [ils demeurent fidèles entre époux]. Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois.. » (Lettre à Diognète, Les chrétiens dans le monde, paragraphe 5) - [traduction du Saint Siège, https://www.vatican.va/content/vatican/fr.html ] Puis, il explique à quel point les chrétiens sont prêts à dépasser les lois courantes, afin d'être fidèles à leur Créateur:
« Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification. On les insulte, et ils bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs (...). Ceux qui les détestent ne peuvent pas dire la cause de leur hostilité. » (Lettre à Diognète, Les chrétiens dans le monde, paragraphe 5) - [traduction du Saint Siège, https://www.vatican.va/content/vatican/fr.html ] Bref, comme chrétiens, nous ressemblons à tout le monde sur le plan physique, du moins en apparence. Par contre, en laissant parler notre cœur, nous éclairons les autres. Le Christ lui- même se voit à travers nos comportements extérieurs, même dans l'adversité. De nos jours, cette idéologie est reflétée dans l'iconographie moderne copte, alors que tous les saints se ressemblent entre eux, et surtout, ils ressemblent au Christ lui-même. Ceci vient renforcer la notion théologique qui veut que les chrétiens soient à sa ressemblance. Nous agissons comme il agirait.
Avec le recul, on comprend maintenant quelle est la raison d'être des commandements de Dieu. Malheureusement, certains croient que ce sont des lois décidées de façon aléatoire par un dieu dictateur qui voulait empêcher l'humanité d'avoir du plaisir. Mais ce n'est pas du tout le cas. Les commandements sont des limites que Dieu nous impose pour nous empêcher de tomber, pour nous garder à son image et pour nous aider à lui ressembler de plus en plus. Et lorsque nous sommes comme lui, nous ne faisons qu'un avec lui. Répétons: lorsque nous sommes comme lui, nous ne faisons qu'un avec lui.
Être pleinement vivant en Dieu, c'est être pur comme lui, honnête comme lui, aimant comme lui. Saint Jean Climaque en disait ceci:
« J'appelle « ami de Dieu » celui qui use selon les règles de la justice et de la tempérance, des choses qu'il a reçues de Dieu dans l'ordre de la nature, et qui ne néglige aucune des bonnes œuvres qu'il peut faire. J'appelle « homme chaste » celui qui, au milieu des tentations, des pièges et des agitations, prend de si sages précautions, qu'il retrace dans sa conduite les mœurs de ceux qui sont hors de tout danger. » (Saint Jean Climaque, L'échelle sainte, Premier degré (renonciation), paragraphes 8 et 9, Les Éditions Blanche de Peuterey, dépôt légal févier 2020) - [traduction publiée à Lyon, France, 1836] Le but principal des commandements, en plus de servir d'outil au jugement de Dieu, c'est ultimement de nous garder en Dieu, afin que nous puissions profiter de son amour divin.
Ainsi, lorsque le Christ regarde au fond de nous, il se reconnaît. Se consacrer à lui est donc un geste qu'il faut poser de façon active et continue dans nos vies.
Cependant, la décision de nous engager envers Dieu doit être prise immédiatement. Une fois que c'est fait, les péchés suivants sont habituellement commis par faiblesse, et non par choix. Notre engagement marque le début d'une vie sacrée en compagnie de notre Sauveur.
Ce n'est qu'à ce moment que nous pouvons pleinement profiter des fruits spirituels de la prière et de l'Eucharistie, et joindre notre voix à celle de saint Paul, lorsqu'il dit:
« Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l'Esprit. » (2 Corinthiens 3:18) Si nous regardons dans la glace, que voyons-nous? Nous voyons la gloire du Seigneur. Nous lui ressemblons de plus en plus, de gloire en gloire, pas à pas. Avant la consécration, nos pratiques spirituelles n'étaient certes pas inutiles, mais après, elles prennent une tout autre signification, plus profonde. La consécration est une décision très importante qu'il nous faut prendre. Nous avons tellement bu à l'eau de ce monde sans jamais pouvoir étancher notre soif. Il est peut-être temps d'essayer une autre source: une eau si pure qu'en nous y abreuvant, nous ne connaîtrons plus jamais la soif.
N'oubliez pas:
Connaissez votre foi, vivez votre foi et enseignez votre foi.
Et gloire à Dieu pour toujours. Amen.