Bienvenue aux réponses d'une foi apostolique.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique. Amen.
Mes bien chers frères, aujourd'hui, nous allons discuter d'un sujet qui est très controversé et qui suscite de nombreux débats. C'est également un sujet qui présente un tel défi face à la morale humaine que plusieurs s'en trouvent très mal à l'aise. Néanmoins, il mérite qu'on en discute, car il touche à deux aspects extrêmement importants de tout être humain: la vie et la mort. Notre question d'aujourd'hui s'énonce ainsi: Quelle est la position de l'Église envers l'euthanasie et le suicide assisté?
D'entrée de jeu, il est important de s'assurer de bien définir ce dont on parle. Commençons donc par expliquer certains termes que nous utiliserons aujourd'hui. L'euthanasie, tout comme le suicide assisté, implique qu'un geste soit posé pour abréger la vie d'un patient, et d'ordinaire, ce geste suppose le concours d'un médecin. Dans le cas du suicide assisté, le médecin fournit la substance létale au patient qui se l'administre lui-même pour mettre fin à sa vie.
C'est là le mécanisme qui permet au patient d'en finir.
En ce qui concerne l'euthanasie, les choses se passent un peu différemment: l'équipe médicale intervient directement, afin de provoquer la mort du patient. Il existe différents types d'euthanasie. Par exemple, on peut parler d'euthanasie volontaire ou involontaire. Il est question d'euthanasie volontaire lorsque le patient donne son consentement au médecin, afin qu'il mette fin à sa vie. Cependant, en contexte d'euthanasie involontaire, le patient n'est pas en état de prendre des décisions. C'est donc l'opinion médicale du médecin qui prévaut pour justifier qu'on mette fin à la vie du patient. Dans un tel cas, on présume que le patient en arriverait aux mêmes conclusions que le médecin si son état lui permettait de trancher lui- même. Ceci étant dit, notre objectif aujourd'hui n'est pas d'évaluer l'une ou l'autre de ces méthodes. Nous souhaitons plutôt discuter du but commun à toutes ces techniques, lequel est de mettre fin prématurément à une vie humaine. Allons-y!
Commençons d'abord par établir que la mort a toujours été et sera toujours considérée comme un ennemi juré de l'humanité. C'est pour cette raison que saint Paul, dans sa première Épître aux Corinthiens, chapitre 15, verset 26, parle de la mort comme étant le dernier ennemi.
Cependant, soyons clairs: pour les chrétiens, bien que la mort soit un ennemi, il n'est pas question de la craindre ni de se l'imposer sans qu'une intention divine le justifie.
Dans le cas de l'euthanasie, ce que les gens craignent bien souvent, ce n'est pas la mort elle-même, mais tout ce qui mène à la mort: le mal, la souffrance, et tout ce qui nous sépare de la beauté qui fait que la vie mérite d'être vécue. Ainsi, le gens ont souvent tendance à vouloir accélérer les choses, afin de connaître une mort rapide et sans peine, puisqu'ils considèrent que c'est une façon honorable de terminer sa vie. Nous reviendrons sur cette idée d'honneur dans quelques minutes, mais pour l'instant, concentrons-nous sur l'idée que la mort est une chose à laquelle nous opposons une forte résistance et que nous refusons de l'accepter, bien qu'elle soit inévitable.
Ironiquement, le mot euthanasie vient de deux mots grecs: le préfixe εύ (eú) signifie bon et heureux, et θάνατος (thánatos) veut dire mort; une belle mort. Pour un chrétien créé à l'image de Dieu, l'idée de vivre une belle mort, ce n'est certainement pas d'aspirer à prendre la dernière décision de sa vie dès que possible, afin qu'il puisse mourir au plus vite. Au contraire, une belle mort serait de pouvoir dire comme saint Paul:
« J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi. » (2 Timothée 4:7) Et ce, jusqu'au dernier souffle que Dieu a bien voulu m'accorder. Pour mieux comprendre ce que la mort représente pour un chrétien, allons lire ensemble le livre de la Sagesse, au chapitre , versets 12 à 14:
« Ne courez pas à la mort en vivant d'une façon déréglée, n'attirez pas sur vous la ruine par vos actions.
Non, Dieu n'a pas fait la mort et il ne prend pas plaisir à voir périr des êtres vivants.
Il a créé toutes les choses pour qu'elles subsistent. Tout ce qu'il a fait exister dans le monde est porteur de vie ; il n'y a pas de poison destructeur dans son œuvre et la mort ne règne pas sur la terre... » (Sagesse 1:12-14) - [Nouvelle français courant] Un petit rappel, mes frères: le livre de la Sagesse fait partie des livres deutérocanoniques de la Bible et il dit clairement: Ne courez pas à la mort en vivant d'une façon déréglée. Ce passage nous révèle que le but de la vie en Dieu, c'est de vivre. Le Christ lui-même a dit:
« ...je suis venu afin que [vous ayez] la vie, et [que vous soyez] dans l'abondance. » (Jean 10:10) Le cantique de la résurrection, Hristós anésti, que nous chantons dans toutes les églises orthodoxes, proclame haut et fort: le Christ est ressuscité des morts, en écrasant la mort par la mort. Ceci dit, même si notre mort physique est inévitable, grâce à l'incarnation de notre Seigneur et son sacrifice vivifiant, la mort elle-même a perdu son aiguillon. Au lieu d'être un chemin vers la mort éternelle, la mort physique devient maintenant un passage vers la gloire éternelle. Répétons-le, mes frères: il ne faut jamais précipiter la mort, car ce geste irait totalement à l'encontre de ce pourquoi Dieu nous a créés.
Il est également important de noter que toute vie appartient à Dieu. Dans la prière de réconciliation écrite par saint Sévère d'Antioche, laquelle est incluse dans la liturgie de saint Cyrille, Dieu est appelé l'Auteur de la vie. Et comme chrétiens, s'il est l'auteur de la vie, nous devons, lui laisser le soin de décider du commencement et de la fin de toute vie. Aucun être vivant n'a le droit ni l'autorité de se substituer à Dieu pour jouer son rôle, même s'il croit à tort que sa vie lui appartient. Après tout, les Écritures témoignent que le Seigneur a lui-même dit:
« Voici, toutes les âmes sont à moi... » (Ézéchiel 18:4) Nous avons mentionné plus tôt que certains affirment qu'une mort rapide et sans peine qu'ils auraient eux-mêmes planifiée serait plus honorable que de n'avoir aucun contrôle sur le moment de leur trépas. Cependant, cette idée ne cadre pas avec celle de l'Église. En effet, pour un chrétien, c'est la vie elle-même qui est honorable. Il n'y a rien d'honorable dans la mort, même si elle est rapide et sans peine. Le chrétien qui est croyant devrait toujours chercher à vivre de manière à faire honneur à Dieu. Même la souffrance de l'être humain peut être utilisée par Dieu pour l'aider à se repentir et à connaître la gloire.
Prenons, par exemple, les circonstances entourant la maladie dont souffrait saint Paul. Au chapitre 12 de 2 Corinthiens, on peut lire que saint Paul souffrait et que, par trois fois, il a imploré le Seigneur de le libérer de son mal. Et quelle fut la réponse du Seigneur?
« ...Ma grâce te suffit, [et] ma puissance s'accomplit dans la faiblesse... » (2 Corinthiens 12:9) Nous sommes dons appelés à rechercher ce qui est véritablement honorable: la force et la puissance de Dieu. Ainsi, comme chrétiens, nous nous joignons à saint Paul pour dire:
« ...Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. » (2 Corinthiens 12:9) Voyez-vous, mes frères, la seule mort que craignent vraiment les chrétiens, ce n'est pas la mort de la chair, mais la mort par le péché, laquelle ne peut que les isoler de Dieu pour l'éternité.
Parmi les sacrements de l'Église, celui qu'on appelle l'onction des malades est célébré par l'entremise de la liturgie. Dans le rituel copte, sept prières sont récitées, afin que Dieu, dans sa miséricorde, nous libère d'abord des effets de l'immoralité, et qu'en deuxième lieu, si telle est sa volonté, il nous guérisse aussi de nos maladies physiques. Permettez-moi de vous partager un extrait de la première prière de l'onction des malades. Le prêtre prie ainsi:
« [Seigneur], rélève ton serviteur de la mort qu'entraîne le péché [il parle de la personne qui est malade], et si tu lui ordonnes de se relever, offre-lui ton aide et ton support, afin qu'il mène une vie qui te plaise chaque jour de sa vie. Et si tu ordonnes à son âme d'être prise, fais en sorte que les anges de lumière lui donnent la force qui le sauvera des démons des ténèbres. Transfère-le au paradis de la joie, afin qu'il puisse être avec tous les saints, par ton sang qui fut versé pour notre salut et par lequel tu nous as rachetés. Car tu es l'espoir de tes serviteurs. » (Liturgie de l'onction des malades, Prière #1) - [traduction libre] Comme vous pouvez le constater ici, on dit clairement: sauve-le de la mort qu'entraîne le péché. Faut-il le répéter, mes frères, les chrétiens ne devraient pas avoir peur de la mort et du processus qui mène à la mort. En tant qu'humains créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, nous ne devons pas nous donner la mort, car ceci est contraire à ce pourquoi Dieu nous a créés. Pour les chrétiens que nous sommes, la seule vraie belle mort qui soit, c'est celle où nous passons nos derniers instants dans la prière, la confession, le repentir, la réconciliation, nous assurant d'être en paix avec Dieu, avec nous-mêmes et avec les autres.
Voilà ce qui est honorable! Voilà ce que nous devons nous empresser de réaliser!
N'oubliez pas, mes frères:
Connaissez votre foi, vivez votre foi et enseignez votre foi.
Et gloire à Dieu maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.