Bienvenue aux réponses d'une foi apostolique.


Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique. Amen.


Quel est le rôle d'un chrétien dans l'obtention et l'accueil de son salut? Cette question génère des réponses très variées de la part de personnes très variées. Certains sont d'avis que nous pouvons obtenir le salut en un clin d'œil. Ils prétendent savoir exactement à quel moment de leur vie ils l'ont obtenu, puisque c'est à ce moment précis qu'ils ont accueilli le Seigneur Jésus-Christ dans leur cœur. Depuis, ils croient que rien ne peut compromettre leur salut, puisqu'ils ont été sauvés pour toujours à partir de moment-là. Mais du point de vue orthodoxe, ce n'est pas du tout comme ça que les choses se passent.


Il y en a d'autres qui disent que l'obtention du salut dépend des gestes que l'on pose, un peu comme si le salut avait un caractère transactionnel. Autrement dit, ces personnes croient qu'elles doivent mériter leur salut en cumulant de multiples bonnes actions. Dans un tel cas, le croyant choisit de faire le plus de bien possible, présumant que sa foi n'a rien à voir avec son salut. Encore ici, nous avons affaire à un concept nettement incomplet et erroné du rôle que doit jouer un chrétien orthodoxe dans l'obtention de son salut.


Mais alors, quelle est la façon appropriée de concevoir le salut chez les orthodoxes? Est-ce uniquement une question de foi? Est-ce que c'est surtout lié aux bonnes œuvres et aux gestes que l'on pose? Examinons la question d'un peu plus près.


Au chapitre 15 de l'Évangile selon saint Luc, le récit de l'enfant prodigue met en lumière un fait très intéressant qui nous concerne tous en tant qu'êtres humains. Au début du récit, le fils se tourne vers son père et lui annonce qu'il ne veut plus ni de lui ni de sa demeure, et que tout ce qui l'intéresse, c'est de vivre sa vie à sa manière. Le père lui remet donc sa part de l'héritage et le laisse partir, de son propre chef. Plus tard, après avoir tout perdu, le jeune homme retrouve la raison et réalise qu'il a péché, qu'il a fait une grave erreur. Il se lève et revient vers son père et admet son erreur, lui aussi, de son propre chef.


Voyez-vous, ce qui ressort de cette histoire, c'est à la fois le fléau et le cadeau que constitue le libre arbitre de l'homme. Grâce à lui, je suis libre de choisir le mal et de quitter mon Père céleste et je suis également libre de revenir et de m'unir à mon Seigneur et mon Dieu.


L'Église nous enseigne que, puisque nous avons été créés à l'image de Dieu, ce dernier nous donne l'occasion de partager avec lui l'un de ses grands cadeaux: le libre arbitre, la liberté d'agir sans que ce soit une obligation, la liberté de vivre comme nous l'entendons. Le message à retenir ici, c'est que nous sommes ses fils et ses filles. Nous ne sommes pas ses esclaves.


Dans son l'Épître aux Philippiens, au chapitre 2, saint Paul nous parle du Christ, humilié en sa personne puis glorifié par le Père, et il invite tous les chrétiens à adopter la même attitude que lui en acceptant de nous abaisser, tout comme il l'a fait lui-même en prenant une forme humaine pour notre salut.


Il termine ce puissant extrait en disant que Dieu a également glorifié le nom de Jésus-Christ, afin que toutes les nations s'inclinent devant lui et confessent que Jésus-Christ est Seigneur.


Mais Paul ne s'arrête pas là. Il va plus loin que de simplement déclarer que Jésus est Seigneur. Il poursuit avec les versets 12 et 13, en disant ceci:


« Ainsi, mes bien-aimés, comme vous avez toujours obéi, travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, non seulement comme en ma présence, mais bien plus encore maintenant que je suis absent; car c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. » (Philippiens 2:12-13) Remarquez bien les deux énoncés uniques que nous offre saint Paul. Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, et juste après, il dit: C'est Dieu qui produit en vous. Comment est-ce possible? Comment ces deux concepts peuvent-ils exister en même temps? Eh bien, voilà qui illustre bien le mystère d'une coopération avec Dieu, ce que l'Église appelle une synergie ou συνεργία (sinergía) en grec, durant laquelle Dieu et l'homme travaillent main dans la main dans un but commun: le salut. Quant au rôle que nous devons jouer dans l'obtention de notre salut, l'Église orthodoxe répondrait qu'il nous faut travailler en partenariat avec l'Esprit Saint et mener une vie de piété et de fidélité.


Ceci dit, certains peuvent peut-être se demander quelle portion du travail est réservée à Dieu et quelle portion est de notre responsabilité. Mes frères, ne cherchons pas à évaluer la contribution de chacun dans notre quête du salut. Rassurez-vous, ce que Dieu doit accomplir dans ce processus est infiniment plus important que ce que l'humanité doit y faire. Le Credo est bien clair là-dessus, nous rappelant que c'est pour nous et notre salut que le Seigneur s'est incarné.


Il est né de la Vierge et fut baptisé. Il a servi de par le monde, fut trahi et crucifié. Il a connu la mort, est ressuscité, est monté au ciel et nous a envoyé l'Esprit Saint pour qu'il nous habite et travaille en nous. Et il a fait tout cela de manière à ouvrir la voie de la réconciliation de l'humanité avec Dieu. Cependant, tout cela n'a d'importance que si nous accueillons sa grâce et son amour. Au fond, cela signifie que notre salut repose sur deux pulsions inégales, mais toutes deux nécessaires: la grâce divine de Dieu et le libre arbitre humain.


Faut-il le répéter, ceci veut dire que Dieu ne peut nous sauver sans notre consentement. Il a besoin que nous participions à notre salut. Ceci dit, certains pensent que la grâce de Dieu est irrésistible, à tel point que nous ne pouvons nous y soustraire. Mais nous ne sommes pas d'accord. L'Église orthodoxe s'oppose à toute doctrine qui pourrait compromettre la liberté des hommes. La grâce de Dieu et notre libre arbitre doivent travailler de pair, par notre foi et par nos gestes, pour que le salut soit rendu possible. À ce titre, le Seigneur ne saurait être plus clair dans l'Apocalypse, lorsqu'il dit à toute l'humanité:


« Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. » (Apocalypse 3:20) Notez que c'est toujours Dieu qui prend l'initiative. Il se présente à notre porte et vient nous trouver là où nous sommes. Par contre, c'est à nous de réagir lorsqu'il frappe à la porte. Il ne suffit pas de l'entendre frapper: il faut lui ouvrir. Le fait d'entendre son appel représente notre connaissance de la foi et le fait de lui ouvrir symbolise le travail qu'il nous appartient de faire.


Les deux sont essentiels. Si je n'entends pas frapper, je ne me lèverai pas pour aller répondre à la porte. Et si j'entends frapper sans aller ouvrir, rien ne se produit. Le Seigneur entrera et soupera avec moi seulement si je coopère, si j'ouvre la porte au moment où il vient frapper chez moi. Deux des grands Pères de l'Église ont résumé ceci de très belle façon.


Tout d'abord, saint Jean Chrysostome:


« Dieu n'use jamais de force [ou] de violence pour attirer quelqu'un vers lui. Il souhaite le salut de tous les hommes, mais [il] ne force personne. » (Saint Jean Chrysostome, Sermon sur le chapitre 9 des Actes des apôtres) - [traduction libre] Un autre grand Père, saint Cyrille de Jérusalem, insistait comme ceci:


« C'est à Dieu d'accorder sa grâce. Votre tâche, c'est d'accueillir cette grâce et de la préserver. » (Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèse baptismale 1, paragraphe 4) - [traduction libre] Mes bien chers frères, à la lumière de tout cet enseignement, il est évident que le Seigneur nous appelle à travailler avec lui. Puisqu'il nous a accordé le salut par l'entremise de son Fils qui est venu frapper à notre porte, nous sommes appelés à travailler en synergie et en collaboration avec Dieu, à l'entendre frapper à notre porte, à accueillir et à préserver sa grâce, à nous ouvrir à lui, afin d'être sauvés en lui et par lui.


N'oubliez pas:


Connaissez votre foi, vivez votre foi et enseignez votre foi.


Et gloire à Dieu maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.