(...) alors que nous procédons ensemble à une analyse approfondie de l'Évangile selon saint Jean. La dernière fois, nous avions terminé l'analyse du chapitre 2, versets 1 à 11 et nous avions vu la belle symbolique liée aux noces de Cana, en Galilée. Sans plus tarder, passons tout de suite au chapitre 12.


Le verset 12 dit:


« 12 Après cela, il descendit à Capernaüm, avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n'y demeurèrent que peu de jours. » (Jean 2:12)


Au chapitre 1 de l'Évangile selon saint Marc, on apprend que Capernaüm est la ville ou Pierre, André, Jacques et Jean vivaient et menaient leurs affaires. Ici, le fait d'être un disciple du Christ suppose un engagement beaucoup plus profond que de seulement croire en son nom. Cela suppose qu'il viendra nous voir à la maison, qu'il deviendra un membre de la famille. Et c'est ça l'Église. C'est plus qu'une communauté. Certes, c'est une communauté, mais ça va plus loin que ça. Nous faisons partie les uns des autres, et bien sûr, du Christ, puisque nous sommes les membres de son corps même. Ainsi, le fait d'être un disciple implique que nous entretenions une relation profonde et intime avec le Christ.


De plus, le mot frère ici n'est pas employé au sens propre. Lorsqu'on examine la façon dont les Écritures ont été rédigées, que ce soit dans l'Ancien ou le Nouveau Testament, on remarque que le mot frère désigne aussi bien un oncle qu'un neveu ou un cousin. Les frères sont donc tous ceux qui font partie de la famille, et non les frères immédiats. Le Christ n'avait ni frères ni sœurs. Dans le cas contraire, il n'aurait pas confié sainte Marie à saint Jean, car celle-ci aurait pu compter sur ses autres enfants pour prendre soin d'elle. Mais puisqu'elle n'avait pas d'autres enfants, le Christ l'a confiée à Jean pour qu'il prenne soin d'elle.


Poursuivons avec le verset 13 qui dit ceci:


« 13 La Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem. 14 Il trouva dans le temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de pigeons, et les changeurs assis. 15 Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les bœufs; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables; 16 et il dit aux vendeurs de pigeons: Ôtez cela d'ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » (Jean 2:13-16)


Ce passage nous décrit les événements entourant la purification du temple. Notons d'abord que saint Jean Chrysostome se montre très clair en disant que cet épisode n'est pas le même


qui est décrit dans les Évangiles synoptiques. En effet, dans les Évangiles de Matthieu, Marc et Luc, on parle également d'une purification du temple, mais cette dernière s'est déroulée durant la Semaine sainte, alors que le Christ achevait son ministère.


En revanche, l'événement dont il est question ici, au chapitre 2 de Jean, s'est produit trois ans avant celui de la Semaine sainte, alors que le Christ venait de débuter son ministère. Et on peut le déduire grâce au texte lui-même qui rapporte que le Christs s'est fabriqué un fouet avec des cordes. Ceci n'apparaît pas dans les Évangiles synoptiques.


De plus, dans l'Évangile de Jean, les gens cherchent à confronter le Christ. Ils sont toujours au stade de se demander qui il est, alors ils le mettent à l'épreuve. Par contre, trois ans plus tard, dans les Évangiles synoptiques, ils ont dépassé le stade de la confrontation. Ils veulent sa peau. Ils veulent le faire mourir, car ils en ont assez de lui.


De la même manière, dans l'Évangile de Jean, le Christ les met au défi de détruire le temple, en parlant de lui-même, n'est-ce pas?, et promet de le rebâtir en trois jours. Les Évangiles synoptiques n'en parlent pas, ce qui est normal, car au moment où le Christ était en procès, ses détracteurs ne se souvenaient pas exactement des propos qu'il avait tenus, car les événements avaient eu lieu quelques années auparavant. Ce n'était pas un fait récent et les détails leur échappaient, car le temps avait fait son œuvre.


Et il y a plus encore. Dans les Évangiles synoptiques, les écrivains citent Ésaïe 56:7 et Jérémie 7:11, n'est-ce pas?, et ces citations sont absentes de l'Évangile selon saint Jean. Tous ces détails mis ensemble nous démontrent que ce sont des événements distincts. Et au chapitre 2 de Jean, sitôt chassés par le Christ pour avoir utilisé un lieu de prière pour faire de l'argent, les vendeurs reviennent poursuivre leurs activités pour une deuxième année, peut- être une troisième, n'est-ce pas? En effet, le Christ a dû les confronter de nouveau et les chasser du temple une fois de plus.


Ceci dit, pourquoi le Christ était-il fâché? Était-ce parce que les gens faisaient de l'argent ou tenaient un commerce? Pas nécessairement. C'est plutôt parce qu'ils le faisaient à l'intérieur du temple. Ils avaient envahi la place des non-Juifs, laquelle était réservée aux prières des non-Juifs, et s'y étaient installés avec leur marchandise. Ils avaient donc converti un lieu de prière pour en faire une place du marché. Et bien entendu, c'était inacceptable aux yeux du Christ et c'est toujours inacceptable pour l'Église d'aujourd'hui.


Mais la question la plus pressante est de savoir pourquoi le Christ s'est servi d'un fouet de cordages? Tout d'abord, il faut savoir qu'un fouet de cordages n'était pas destiné aux humains: c'était pour les animaux. Tous ceux qui ont déjà fait l'expérience de rassembler des troupeaux savent que la seule façon de faire bouger les animaux parfois, c'est de les motiver à l'aide d'un fouet de cordages, n'est-ce pas?


Ainsi, comme les animaux dégageaient la place, leurs propriétaires suivaient. Le Christ faisait d'une pierre deux coups, si l'on peut dire. Mais dans le cas des bureaux de change, il ne s'est pas servi du fouet. Il a plutôt renversé les tables. Il est très important de comprendre cette distinction.


Mais peut-on affirmer que Dieu était en colère? Oui et non. En fait, il faut savoir qu'il existe deux formes de colères. La première est celle qui se manifeste lorsqu'on se sent fougueux à l'intérieur, comme lorsqu'on en veut à quelqu'un. Ce n'est ce type de colère que le Christ éprouvait dans ce contexte. L'autre forme de colère est la colère sainte ou ce que j'appellerais du zèle, n'est-ce pas? Cette forme de colère est donnée à tous les humains dans le but de résister au démon et au péché, d'où le verset:


« 26 Si vous vous mettez en colère, ne péchez point... » (Éphésiens 4:26)


Dans ce cas précis, le Christ s'interpose et agit, grâce à sa colère sainte, n'est-ce pas? Et c'est cette forme de colère qui l'habitait, ce qui n'est pas un péché. C'est le but de la colère sainte, n'est-ce pas? Mais sa forme corrompue est la colère qui fait pécher, la colère pécheresse qui nous tourne les uns contre les autres au lieu de repousser le démon.


Passons maintenant au verset 17:


« 17 Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit: Le zèle de ta maison me dévore. » (Jean 2:17)


Ici encore, il faut rappeler le contexte entourant l'Évangile selon saint Jean. Il fut écrit à la fin du siècle premier, alors que les Juifs continuaient de résister à l'Église et qu'ils demandaient: Pourquoi vénérer un homme qui a été crucifié?, ce qui était une question légitime.


Mais saint Jean, dans son Évangile, désire insister sur le fait qu'au bout du compte, le Christ devait être crucifié. C'était un processus naturel qu'il devait affronter. Pourquoi? Parce que les gens avaient le cœur endurci. Le Christ est venu purifier l'humanité, n'est-ce pas? Dans ce cas-ci, la purification visait le temple. Malgré tout, les Juifs lui résistaient, même pour ce type de purification.


Mais il s'est dit: non, non, non, même si les Juifs me résistent, le zèle de ta maison me dévore. Le zèle que Dieu manifeste à l'égard de son peuple, les humains et l'Église, l'ont dévoré sur la croix. Au bout du compte, l'événement de la croix devait se produire, car les gens avaient le cœur endurci.


Dans les versets suivants, on sent encore la résistance des Juifs envers le Christ:


« 18 Les Juifs, prenant la parole, lui dirent: Quel miracle nous montres-tu, pour agir de la sorte?


19 Jésus leur répondit: Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. 20 Les Juifs dirent: Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple, et toi, en trois jours tu le relèveras! 21 Mais il parlait du temple de son corps. 22 C'est pourquoi, lorsqu'il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait dit cela, et ils crurent à l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite. » (Jean 2:18-22)


Il y a plusieurs points à soulever ici. Tout d'abord, les Juifs demandent au Christ d'accomplir un miracle, afin de justifier ses agissements, n'est-ce pas? Et pourquoi demandent-ils ceci? C'est que le Christ, en purifiant le temple, se trouve à défier le prêtre en chef et les administrateurs du temple, n'est-ce pas? D'après leur compréhension des choses, seul un prophète peut remettre en question le prête en chef. Alors, ils lui réclament un miracle. En d'autres mots, prouve-nous que tu es un prophète.


Mais au verset 16 juste avant, le Christ leur avait déjà répondu en disant: Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. Par cette phrase, il venait de s'associer au Père et de déclarer qu'il était le Messie. Mais le Christ leur fit tout de même la réponse suivante au verset 19:


« 19 Jésus leur répondit: Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. 20 Les Juifs dirent: Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple, et toi, en trois jours tu le relèveras! 21 Mais il parlait du temple de son corps. » (Jean 2:19-21)


Sans surprise, les Juifs ont réagi à ses propos en lui demandant comment il pourrait rebâtir un temple qu'on a mis quarante-six ans à construire. Ils ont cru qu'il parlait du temple, car il venait de le purifier.


Mais voyez-vous, le Christ ne parlait pas du temple au sens physique. Il répondait à leur question, à savoir: Quel miracle nous montreras-tu? Et en fin de compte, sa réponse fut celle- ci: Eh bien, ceci est mon temple, n'est-ce pas? Vous allez me crucifier, n'est-ce pas? Et après avoir détruit ce temple, je vais le relever. Je vais le rebâtir.


Le miracle que le Christ va accomplir pour les Juifs, c'est celui de la croix et de la résurrection. Voilà sa réponse. Et encore une fois, saint Jean l'évangéliste insiste sur ce point crucial qui est au cœur de son Évangile... À tous ceux qui n'adhèrent toujours pas au christianisme soixante-sept ans plus tard, vous devez comprendre: c'était la raison d'être du Messie. Je vous en prie, il faut me croire, n'est-ce pas?


Comme nous allons le voir plus loin, le verbe croire était une fixation pour saint Jean tout au long de son Évangile. Il voulait que les gens obtiennent le salut, alors il voulait qu'ils aient la foi, qu'ils marchent dans les pas du Christ et qu'ils deviennent ses disciples, n'est-ce pas?


Verset 22:


« 22 C'est pourquoi, lorsqu'il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait dit cela, et ils crurent à l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite. » (Jean 2:18-22)


La fin de ce verset est très belle, car elle fait le pont entre les Écritures, soit l'Ancien Testament, et la parole de Jésus, soit le Nouveau Testament. Il faut savoir qu'il y a une grande différence entre la Bible hébraïque et l'Ancien Testament. Nous n'avons pas de Bible hébraïque. Celle- ci est réservée aux Juifs qui ne croient pas au Nouveau Testament, et qui, par conséquent, n'ont pas d'Ancien Testament non plus. Pour eux, il n'y a que la Bible hébraïque.


Mais pour nous, pas question! Nous avons l'Ancien Testament, car nous croyons au Nouveau Testament et nous avons une vision claire de ce que représente l'Ancien Testament. Nous y voyons les différentes facettes du Christ. Nous y voyons même le Nouveau Testament qui se cache dans l'Ancien Testament. Le voile que les Juifs ont devant les yeux lorsqu'ils lisent l'Ancien Testament est levé dans notre cas, puisque nous sommes capables de voir le Nouveau qui se cache dans l'Ancien.


Au tour maintenant du verset 23:


« 23 Pendant que Jésus était à Jérusalem, à la fête de Pâque, plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait. [Ils ont cru en lui, car ils avaient été témoins de ses miracles.] 24 Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu'il les connaissait tous, 25 et parce qu'il n'avait pas besoin qu'on lui rendît témoignage d'aucun homme; car il savait lui-même ce qui était dans l'homme. » (Jean 2:23-25)


Ce verset peut paraître très complexe, mais saint Jean Chrysostome le clarifie et le rend vraiment très simple. Puisque le Christ est Dieu, comme l'affirme aussi saint Cyrille, n'est-ce pas?, il savait lire dans le cœur des hommes et il avait compris que ceux qui criaient Hosanna! Hosanna! lors du Dimanche des Rameaux scanderaient Crucifiez-le! Crucifiez-le! une fois rendus au Vendredi saint. Il avait donc compris que leur foi était fragile, sachant ce qu'ils avaient dans le cœur. Et puisqu'il savait, il ne pouvait s'engager envers eux.


Ce verset est très pertinent, car il nous fait voir la véritable signification du verbe croire. C'est plus qu'un processus mental, car, nous le voyons dans ce verset, les gens croyaient au Christ, ayant vu les miracles qu'il accomplissait, n'est-ce pas?, et pourtant, il ne s'est pas engagé envers eux, car il savait lire en eux et savait que leur foi n'était pas totale. Il savait qu'ils refuseraient de s'abandonner, de porter leur croix et de le suivre, qu'ils allaient refuser d'être de vrais disciples, qu'ils allaient refuser de suivre ses commandements et de s'unir à lui par ces mêmes commandements, par les sacrements, et tout le reste.


Ainsi, le verbe croire dépasse la pensée abstraite, n'est-ce pas? Il suppose d'aller jusqu'à vivre une relation intime avec le Christ. C'est pourquoi saint Jacques disait que la foi sans les œuvres ne vaut rien. Et il ajouterait que nous voyons la foi de quelqu'un dans les œuvres qu'il accomplit, puisque l'un ne va pas sans l'autre.


Ces versets nous transmettent également un message d'ordre spirituel, car ces personnes avaient été témoins des miracles, mais même avec ces miracles, leur foi restait chancelante. Comme chrétiens, nous n'attendons pas de miracles. S'ils se produisent, tant mieux! Sinon, tant pis! Car ce ne sont pas les miracles qui nous intéressent: c'est le Christ lui-même. Nous voulons être près de sa personne même et nous comprenons le besoin de souffrir avec lui pour ressusciter avec lui. Nous devons être une terre fertile, à l'exemple des disciples, n'est- ce pas?


Certes, ces derniers ont eu certains doutes en cours de route, voyez-vous, et bien qu'ils aient beaucoup souffert, ils ont continué d'avancer en croyant au Christ, à la croix, à la résurrection, à son Ascension, et tout le reste. Nous devons suivre leur exemple, que des miracles se produisent ou non. Nous n'avons pas besoin que le Christ nous récompense. Nous avons besoin du Christ lui-même.


Et gloire à Dieu pour toujours. Amen.


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