Mes bien chers frères, prenons le temps de partager quelques réflexions en ce lundi de la Semaine sainte. Il y a deux événements majeurs que l'Église place sur notre route aujourd'hui, afin de nous habituer à comprendre leur signification.


Le premier événement nous transporte au moment où le Seigneur fit une entrée triomphale dans la grande cité de Jérusalem. Durant son déplacement, il s'arrêta à un figuier. Les Écritures précisent que le Seigneur s'en approcha dans l'intention de manger de ses fruits.


N'oublions pas que ceci est un exemple. Avant d'évaluer si le figuier méritait la conséquence qui lui fut imposée ou s'il méritait ou non qu'on lui jette un sort, sachons que ceci fut accompli dans notre intérêt et que ça n'avait rien à voir avec la créature irrationnelle que l'arbre lui- même représentait.


Le Seigneur s'approcha du figuier, car il était rempli de feuilles. Il s'en approcha, puisque de loin, il semblait bien fourni et parfaitement sain. Et puisqu'il était rempli de belles feuilles et qu'il était bien garni et mûr à souhait, il s'en approcha en se disant qu'avec une si belle apparence, le figuier aurait sûrement des fruits à offrir. Mais une fois rendu à proximité, le Seigneur remarqua que l'arbre ne portait aucun fruit.


Encore ici, n'allons pas croire que Dieu ignorait que l'arbre ne porterait aucun fruit et qu'il s'en approcha bêtement, croyant qu'il en trouverait, même si ce n'était pas la saison. Il fit cela pour que nous puissions apprendre de cet exemple. Il fit cela pour que ses disciples remarquent qu'il avait jeté un sort au figuier. Et il lui jeta ce sort, afin que nous entendions son message... À quoi bon arborer toutes ces choses qui nous donnent une allure saine, si au fond de nous, nous ne produisons aucun fruit? À quoi bon porter fièrement sa croix, suspendre un crucifix dans sa voiture ou apposer des icônes sur les murs de sa maison? À quoi bon même m'asseoir sur un banc d'église, si je ne porte en moi ni les fruits de l'Esprit Saint, ni les vertus que le Seigneur souhaite me voir porter?


S'il jette un sort au figuier, c'est aussi en réponse à son hypocrisie, afin de nous signaler que le Seigneur ne s'intéresse pas aux manifestations extérieures de la droiture. Il souhaite plutôt voir l'homme grandir intérieurement, le voir produire des fruits dignes de l'Esprit Saint. Saint Augustin a fait le commentaire suivant à ce sujet:


« Ce message s'adressait aux pharisiens qui, de l'extérieur, s'annonçaient comme étant les défenseurs de la loi. » (Saint Augustin) - [traduction libre]


N'importe qui pouvait voir que les pharisiens suivaient la loi à la lettre. Ils portaient des vêtements appropriés, ils marchaient de la bonne façon, ils travaillaient durant les jours permis, ils respectaient toutes les lois, ils suivaient les six cents commandements de Moïse, et pourtant, intérieurement, ils n'avaient aucune compassion, nous dit saint Augustin. Ils ne portaient pas les fruits que le Seigneur souhaite nous voir porter dans nos vies. Ceci est le premier message qui nous est transmis en ce lundi de Pâques: Ne soyez pas comme le figuier qui étale son beau feuillage, mais qui, dans les faits, ne produit aucun fruit.


Le feuillage du figuier sert aussi à nous rappeler certains écrits de la Genèse. Lorsque nos ancêtres, Adam et Ève, se sont éloignés de la gloire de Dieu et qu'ils ont pris conscience de leur nudité, qu'ont-ils utilisé pour se couvrir? Des feuilles de figuier. Ces feuilles devaient servir à cacher leur nudité, mais personne ne peut se cacher de Dieu à l'aide de feuilles, car elles ne sont que superficielles et qu'elles ne masquent en rien les fruits que nous portons en nous. On ne peut se cacher de Dieu tel qu'Adam croyait pouvoir le faire.


Et quel serait l'avantage de se cacher du Dieu vivant? Quel serait l'avantage de se parer d'un joli feuillage à l'extérieur, sachant qu'à l'intérieur, nous sommes stériles et que nous ne produisons pas de fruits? Rappelons-nous de nos ancêtres Adam et Ève et de leur tentative de masquer leur incapacité à produire des fruits à l'aide de feuilles. En ce lundi de Pâques, le Seigneur nous transmet ce message quant au sort qu'il réserve à l'hypocrisie.


La deuxième chose qu'on veut nous rappeler et qui fait partie du thème du jour, c'est le moment où le Seigneur est entré dans le temple et qu'il a décidé de faire le ménage. Prenez le temps de remarquer qu'il n'a pas hésité une seule seconde à manifester sa colère, sainte et justifiée, à l'égard du mal. Et le mal qu'il percevait venait du fait qu'on avait converti la maison de son Père en repaire de voleurs, au lieu de lui conserver sa véritable vocation de lieu de prière, de repentir et de soins pour les malades. Et pourquoi disait-il cela, mes frères?


Il faut comprendre qu'à cette époque, on y avait installé une place du marché. On y vendait des pigeons, des bœufs et des agneaux... On y vendait des choses qui auraient dues servir d'offrandes au Seigneur. On préférait se dire: On peut faire des affaires d'or en tirant parti des commandements de Dieu.


Et le pire dans tout ça, c'est que les Pères de l'Église nous apprennent que les animaux qu'on vendait au marché du temple n'étaient même pas conformes aux exigences de Dieu. Ainsi, on fournissait aux gens des animaux qui n'étaient pas dignes d'être offerts en sacrifice. On les conditionnait en leur disant: Si tu veux un animal parfait pour les offrandes et qui respecte la loi, il va t'en coûter tant. Je peux aussi t'en vendre un qui est moins cher, mais il ne répondra pas à tous les critères de la loi. Ainsi, on souillait la maison du Seigneur. On l'avait convertie en place du marché. Et quelle fut sa réaction? Il a nettoyé le temple. Il a retourné les tables. Il a chassé les convertisseurs de devises. Et il a fait tout ça pourquoi? Parce qu'il ne pouvait pas tolérer qu'on se livre à de telles activités malsaines et tordues, surtout pas dans la maison de son Père.


Mes frères, le message que nous lance l'Église vise à nous encourager à l'accueillir dans nos cœurs, car nos cœurs renferment aussi une place du marché. Des échanges s'y déroulent. C'est un marché de luxure, un marché d'avarice, un marché abritant toutes sortes de passions: la colère, la jalousie, l'égoïsme... Toutes ces choses ont pris place dans nos cœurs, comme au marché.


Nous lui demandons de venir nettoyer le temple de notre cœur, d'y retourner les tables, de le ramener à sa véritable vocation, afin qu'il soit un temple qui glorifie Dieu, un véritable temple de prière, un lieu de rencontre du Dieu vivant, et non un temple hanté par les démons qui s'y installent, qui nous vendent leurs passions pécheresses que nous accueillons si facilement, ces choses qui nous ont mené à la dépendance, à la chute et au péché. Nous lui demandons de venir retourner ces tables, de détruire ce marché du péché, de chasser les démons qui s'y sont installés et de nous remettre à neuf, de nous purifier.


Le message de l'Église aujourd'hui, mes frères, c'est que le Seigneur fait ces deux choses. Il dénonce l'hypocrisie et jette un sort aux choses qui donnent une fausse impression d'abondance de fruits. Et il nettoie le temple. Et ce faisant, il nous débarrasse de ce qui nous empêche de devenir de véritables temples de l'Esprit Saint.


Aujourd'hui, alors que nous méditons et commémorons le lundi saint, adressons ensemble cette courte mais combien percutante prière au Seigneur: Seigneur, je t'en prie, purifie-moi de l'intérieur, purifie-moi de l'intérieur, reproche-moi mon hypocrisie et ramène-moi à ma vraie raison d'être, celle de vivre à ton image et à ta ressemblance.


Gloire à Dieu maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.