Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique. Amen.
Mes bien chers frères, prenons le temps de réfléchir aux événements qui se sont produits jadis en ce mardi de la Semaine sainte. Arrêtons-nous un instant, afin de voir ce que l'Église cherche à nous enseigner au travers des prières qu'elle nous propose de faire à chaque heure du matin et du soir en cette Semaine sainte.
De coutume, cette journée est celle où le Seigneur se voit attribuer le titre de Grand Maître, ou d'Éducateur, si vous préférez. C'est également aujourd'hui qu'il entre pour la dernière fois dans le temple pour y prêcher publiquement. On le voit toujours qui s'assoit avec son peuple et lui enseigne ses voies. Tantôt il fait des reproches aux hypocrites, tantôt il trace le chemin qui mène au royaume de Dieu. Et dans sa façon de parler du royaume, il fait en sorte de le rendre accessible à un très grand nombre de gens, des gens qui se sont fait dire par d'autres personnes en autorité qu'ils n'avaient aucune chance d'y entrer. Il rend le royaume accessible à ceux qui croient qu'ils sont trop empreints de péchés et d'iniquités pour être dignes de s'approcher de Dieu.
Le Seigneur vient donc leur enseigner, afin de renverser la vapeur, si on peut dire. À ceux qui se croient moralement supérieurs et qui s'imaginent qu'ils ont un droit d'accès privilégié au royaume, qu'ils sont sans reproches parce qu'il respectent toutes les lois et qu'ils seront les premiers à entrer dans le royaume de Dieu, le Seigneur répond qu'ils ne sont que des hypocrites, qu'une bande de vipères. Ceux-là qui se servent de leur autorité pour tyranniser le peuple, ce sont eux les vrais tordus, puisqu'ils se cachent derrière la loi, alors qu'en réalité, ils n'ont aucun sens de la compassion. En revanche, le Seigneur s'adresse à l'homme ordinaire qui est assis dans la foule et il l'invite à accéder au royaume, même si on lui a dit pendant des années qu'il était immoral.
Les lectures d'aujourd'hui nous signalent que le Seigneur pleure sur Jérusalem et qu'il lui dit en la scrutant du regard: Ô Jérusalem, Jérusalem! J'ai si souvent, si souvent voulu te rendre visite! J'ai si souvent voulu rassembler ton peuple et le guérir! J'ai si souvent voulu te restaurer pour te ramener à ton état primordial!
Mon âme entend maintenant le même discours que le Créateur lui faisait alors: J'ai si souvent voulu venir à toi! J'ai si souvent voulu te guérir! J'ai si souvent voulu te restaurer et te rendre ta dignité! Mais tu refusais. Il dit à Jérusalem: Tu as étouffé les prophètes. Et moi, j'ai fait de même par mon immoralité en négligeant les paroles que l'Esprit Saint m'adressait dans les Écritures. J'ai ignoré les commandements de Dieu. J'ai baissé le volume pour ne
pas entendre sa voix, préférant écouter mes propres désirs, au lieu d'écouter ma voix intérieure qui tentait de me convaincre que l'Esprit Saint voulait me parler.
Aujourd'hui, nous entendons le Seigneur qui instruit le peuple, affirmant qu'il est la lumière du monde et que quiconque le suivra cessera de marcher dans les ténèbres et recevra sa lumière de vie. Il dit qu'il est venu le libérer le peuple des ténèbres et qu'au moment où il répandra sa lumière, chacun pourra venir à lui, car celui qui marche dans sa lumière ne trébuchera jamais.
Mais la lumière peut avoir deux effets, mes frères. Lorsqu'on éclaire soudainement une pièce très sombre où quelqu'un prend place, deux réactions très différentes peuvent se produire. Il y a ceux qui seront importunés par la lumière. Ceux-ci, en la voyant, s'écrieront: Ferme la lumière, ça me dérange, c'est agressant, ça me fait mal aux yeux. Je n'en ai pas besoin. Je préfère rester dans le noir. Laisse-moi m'asseoir ici tranquille et ne viens pas troubler ma quiétude. Laisse-moi tranquille et ferme cette lumière.
D'autre part, il y a ceux qui seront intrigués par la lumière qui jaillit dans la pièce. Il y a très longtemps qu'ils n'ont pas vu de lumière. Ils se tournent vers elle, se demandent d'où elle vient et cherchent à s'en approcher, par curiosité. Ils décident donc de suivre cette lumière en espérant qu'elle les fera sortir de l'ombre. Et plus ils avancent vers cette lumière, plus ils échappent à la noirceur. Plus ils s'en approchent, plus la noirceur disparaît autour d'eux. Ils sentent la chaleur de cette lumière qui vient les envelopper.
Ils suivent donc cette lumière, et ce faisant, ils commencent à se voir comme ils ne s'étaient jamais vus auparavant. Leur apparence semble se préciser. Ils deviennent de plus en plus conscients de la source de lumière et se voient bientôt tels qu'ils sont, avec toutes les tares qu'ils ont accumulées. Ils se voient comme ils ne s'étaient jamais vus auparavant.
Aujourd'hui, le Seigneur s'annonce comme étant le Grand Éducateur, le Maître, comme un prêtre... Celui qui a aimé et chéri son peuple; le berger qui a rassemblé ses moutons; l'Éducateur et le Maître; celui qui souhaite ramener les égarés d'Israël; celui qui veut nous faire oublier le passé et nous centrer sur l'espoir du futur; celui qui dénonce l'hypocrisie et qui se montre à la fois tendre et dur avec nous, puisque nous en avons besoin et que nous le méritons.
Mes frères, en le voyant enseigner, en le voyant pleurer sur nous, en le voyant exprimer sa sainte colère envers le mal qui s'est emparé de nous sous forme d'hypocrisie, en le voyant tel qu'il est, nous devrions réagir aujourd'hui, nous tourner vers lui et lui dire:
Seigneur, comme tu nous l'as montré et que tu l'as enseigné jadis, nous te demandons de venir vers nous aujourd'hui encore, ô Seigneur. Nous te demandons de nous envoyer ton Esprit Saint, afin de nous faire reconnaître notre culpabilité et de nous enseigner tes voies. Par ton Esprit Saint, fais-nous entendre la voix de ton savoir. Permets que nous nous tournions
vers toi. Ramène-nous à toi et protège-nous. Prends-nous sous ton aile. Érige-nous. Élève- nous. Envoie-nous ta lumière. Montre-nous qui nous sommes, afin que nous puissions, nous aussi, voir tout ce que tu es.
Gloire à Dieu maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.