Si quelqu'un essayait d'expliquer la condition humaine en quelques mots, il en serait incapable. C'est un profond mélange de peine et de joie, où règne un sens aigu de la beauté, mais où l'homme est confronté à l'insurmontable sentiment d'être déréglé, éteint et éphémère. D'ailleurs, ce sentiment est une des plus grandes lacunes de notre temps: une profonde impression de solitude. Nous sommes conscients de notre condition humaine, mais nous nous sentons complètement seuls.
Avez-vous déjà eu un ami qui vous ait parlé d'un combat interminable auquel il était confronté et auquel vous auriez aimé pouvoir répondre Je te comprends ou Je sais comment tu te sens, sans toutefois en être capable? Ceci n'aurait fait qu'intensifier sa souffrance, son impression de solitude. Pourtant, dans les faits, nous avons un ami qui nous est plus proche qu'un frère, plus proche que nous le sommes de nous-mêmes, quelqu'un qui comprend notre faiblesse, qui fut soumis à la tentation tout comme nous et de toutes parts, et qui en revanche, demeura sans péché. Cet être bien-aimé, celui qui nous connaît, c'est le Seigneur Jésus lui-même.
En constatant l'état dans lequel se trouvait l'humanité, son dérèglement, sa corruption, et ultimement sa mort, il fut animé d'un profond sentiment de solidarité, d'amour et de compassion à notre égard, si bien qu'il fut incarné, afin de pouvoir affronter la mort directement et l'anéantir. Il est devenu un homme, afin de s'approprier notre condition, sans toutefois être en proie au péché. Saint Athanase nous dit ce qui suit:
« ...car voici la première chose que vous devez saisir: le renouvellement de la création fut réalisé par le Verbe même qui en était l'auteur au départ. Il n'existe donc aucune incohérence entre la création et le salut... » (Saint Athanase, Sur l'incarnation du Verbe, paragraphe 1) - [traduction libre]
En fait, ce qu'on dit ici, c'est que celui qui nous a créés au départ doit être celui qui va nous créer de nouveau. Et cette seconde création, c'est notre salut. Ce n'est que par lui et en étant unis à lui que nous sommes renouvelés. Grâce à l'union éternelle de sa nature divine et de sa nature humaine, nous ne sommes plus jamais seuls. Par cette union, cette unité, nous sommes guéris à jamais. Le Christ devait donc s'unir à nous pour nous remodeler à son image et nous donner accès à sa vie divine pour que nous puissions y prendre part. Voici ce que saint Cyrille en dit:
« Celui qui existe est nécessairement né de la chair (il s'est fusionné à [son] humanité), en prenant en lui tout ce que nous sommes, pour que tout ce qui naît de la chair, c'est-
à-dire nous, les êtres corruptibles et mortels, puisse se trouver en lui. Bref, il s'est approprié ce que nous étions, afin que nous puissions obtenir tout ce qu'il est. » (Saint Cyrille d'Alexandrie, De l'unité du Christ, SVS Press, p.59) - [traduction libre]
Que peut-il y avoir de plus beau que d'apprendre que l'éternel Logos du Père, ému par son amour envers sa création, s'est approprié ce que nous étions, afin de nous donner ce qu'il est, soit la vie, la guérison et l'occasion de prendre part à sa vie divine? Comme disait Pierre, nous devenons des participants à la nature divine.
«...Ô mort, où est ton aiguillon? » (1 Corinthiens 15:55)
L'humanité fut changée à jamais et la condition humaine fut complètement remodelée et recréée. Un tel changement ne peut s'opérer que si l'homme, face à sa déchéance, est récupéré par la Source de Vie elle-même, Celui qui est, et qu'elle lui infuse la vie et la guérison une fois de plus. Ceci ne peut se faire à moins que le Fils ne se manifeste en tant qu'homme. Il ne peut nous guérir autrement. C'est pourquoi nous prions à l'aide de la liturgie de saint Basile:
« En vérité, je crois que sa divinité ne s'est jamais séparée de son humanité, ne serait- ce qu'un seul instant, ni même le temps d'un clin d'œil. » (Saint Basile le Grand) - [traduction libre]
Ceci n'est pas qu'un simple énoncé théologique. Notre insistance et notre foi en sa nature divine ne peuvent se comprendre séparément de sa nature humaine. Nous affirmons que cette union est nécessaire à la guérison de toutes les facettes de notre vie, y compris la mort. Cette guérison, ou seconde création, est rendue possible en nous personnellement par le sacrement du baptême et par l'Eucharistie, puisqu'en y prenant part, l'image du Christ est recréée en nous. Comme l'explique saint Athanase:
« « À moins qu'un homme naisse de nouveau... » Il ne parlait pas de la naissance naturelle de l'homme à partir de sa mère, comme ils le pensaient, mais d'une renaissance et d'une l'âme recréée à l'image de Dieu. » (Saint Athanase, Sur l'incarnation du Verbe, paragraphe 14) - [traduction libre]
Un autre synonyme qui dénote une action recréée est la rémission des péchés. Le mot rémission signifie ramener à son état d'origine, comme par exemple, un patient qui guérit du cancer. C'est alors le terme rémission qui est de mise. On dit que la personne est en rémission. La maladie régresse et la personne se rétablit. La rémission des péchés traduit donc l'idée de rétablir l'image de Dieu en nous, ou simplement de la recréer. Sur ce, le Credo nous dit:
« Je confesse un seul baptême en rémission des péchés [c'est-à-dire pour recréer l'âme]. » (Symbole de Nicée) - [traduction française du texte liturgique grec utilisée dans la liturgie des communautés orthodoxes francophones, Wikipedia]
Grâce au Christ, l'humanité n'est plus seule. Nous ne sommes plus jamais seuls, vous et moi. Peu importe la déchéance et le déséquilibre qui pourrait nous affecter, il suffit de nous rappeler que le Christ nous comprend, puisqu'il est devenu l'un de nous. Grâce à l'union de sa divinité et de son humanité, nous sommes sauvés, guéris et recréés. Il a pris ce que nous étions, afin de nous donner ce qu'il est.
Que la gloire soit avec lui!