Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique. Amen.
Mes bien chers frères, aujourd'hui nous prenons le temps de réfléchir aux événements que l'Église met sur notre route en ce mercredi saint. L'Église nous propose aujourd'hui deux personnages en particulier, deux personnages qui nous rappellent que les choses ne tournent pas toujours comme on s'y attendait, si l'on considère comment leur histoire a commencé et comment qu'elle s'est terminée.
Le premier personnage qu'on nous présente est celui de la femme pécheresse dont on parle dans un des Évangiles et qu'on appelle Marie. On l'associe parfois à la sœur de Lazare. Marie a mené une vie que les autres méprisent, une vie marquée par le péché. Et lorsqu'elle apprend que Jésus, celui qu'elle aime, celui qui l'inspire et la remplit d'espoir juste à le regarder, se trouve dans les environs, elle décide de faire une chose très audacieuse. Cette femme qui normalement se serait tenue à l'écart du public, étant de nature à éviter les foules, se met en tête de retrouver ce Jésus à tout prix. Elle entend dire qu'il est invité à souper chez un aristocrate chez qui elle n'oserait jamais entrer en temps normal; un lieu où elle sait très bien qu'elle ne serait pas la bienvenue.
Mais comme son Sauveur y séjourne, elle décide de ne pas écouter ce qui la freine et de braver la foule. Elle apporte avec elle une fiole d'huile odorante, une pommade très coûteuse, et entreprend d'aller vers lui, afin de lui faire le plus grand des honneurs. Elle veut oindre son Sauveur. Elle veut lui rendre hommage. Elle veut retrouver un peu de dignité en lui montrant tout son amour. Elle décide de faire fi de ceux qui la pointent du doigt, d'ignorer les regards accusateurs et de ne pas se soucier du jugement des autres. Elle ne veut même pas s'arrêter pour réfléchir: Et s'ils m'empêchaient d'entrer? Et s'ils m'empêchaient de l'approcher? Et s'ils me mettaient à la porte? Au contraire, elle se lance dans la mêlée et s'empresse de rejoindre son Sauveur.
Ce faisant, elle réussit à accomplir tout ce qu'elle espérait pouvoir accomplir. Elle le trouve enfin, se jette à ses pieds et lui applique l'huile sacrée. Elle pleure jusqu'à lui laver les pieds de ses larmes, puis les sèche de ses cheveux. Et tous les convives la dévisagent et la condamnent. Il faut souligner qu'à l'époque de Jésus, les gens croyaient vraiment que de tolérer une telle pécheresse dans son entourage, ou même de lui toucher, suffirait à les souiller. Mais Jésus la laissa approcher. Il accepta son étreinte. Il permit qu'elle s'incline à ses pieds. ll se montra accessible. Il savait qu'elle avait besoin de sa guérison et de son amour.
Ainsi, l'Église se rappelle d'elle et la met sur un piédestal. Nous nous rappelons de son geste, de son audace, de son repentir, de son courage. Et comme le Seigneur a affirmé que son geste resterait gravé dans les mémoires à travers les âges, l'Église célèbre aujourd'hui son geste éternel. Nous faisons donc ce que cette femme a fait. Nous venons au Seigneur. Nous nous repentons. Nous pleurons à ses pieds. Nous entrons dans une église remplie de gens et nous nous demandons: Et s'ils me jugeaient? Et s'ils me pointaient du doigt? Et si je m'exposais devant tout le monde?
Ainsi, mes frères, je vous demande: Et puis après? Pourquoi s'en faire? Ne vaut-il pas la peine que nous venions à sa rencontre? Notre guérison ne vaut-elle pas la peine que nous nous exposions? N'est-il pas acceptable de se sentir quelque peu humilié en échange d'une restauration complète? Nous acceptons bien de nous dévêtir pour qu'un médecin nous prodigue les soins nécessaires à notre rétablissement, n'est-ce pas? Nous acceptons de nous mettre à nu devant lui, en espérant qu'il trouvera le bon remède à nos souffrances, n'est-ce pas? Alors pourquoi ne pas en faire autant devant notre Seigneur? Pourquoi hésiter à lui demander de nous guérir? Pourquoi ne pas nous jeter à ses pieds, pleurer, nous repentir et le laisser nous restaurer, nous aimer et nous redonner notre dignité?
Le deuxième personnage que l'Église nous propose est le disciple Judas. En considérant la situation précédente, Judas se dit en lui-même: Quelle perte! Toute cette huile aurait pu nous rapporter 300 deniers au marché! Et son hypocrisie lui fait dire à haute voix: Nous aurions pu vendre cette huile et donner l'argent aux pauvres! Mais même l'évangéliste témoigne que les pauvres étaient la moindre de ses préoccupations. Ce qui l'intéressait, c'était son profit, ses poches... Il avait même volé l'argent de la boîte servant à recueillir les dons.
Judas, le disciple, lui qui fut choisi, lui qui fut envoyé en mission avec les autres disciples, lui qui chassa les démons, lui qui prit part à des miracles et qui en fut témoin, lui qui marcha avec le Christ réfléchit et se dit en lui-même: Je ne peux pas continuer à suivre cet homme. C'est ridicule. Il n'est pas le chef auquel je m'attendais. Et s'il n'est pas celui que j'attendais, je ne pourrai pas être la personne que je veux devenir. C'est d'un chef dont j'ai besoin. Je veux suivre une personne qui a du succès et qui est populaire; une personne qui dirige avec assurance; une personne qui a du pouvoir; une personne qui a de l'influence sur le plan politique; pas ce pauvre homme, humble et droit, qui aime les pauvres, les pécheurs, les cœurs brisés et les malades. Ces choses-là ne m'intéressent pas. C'est un homme de pouvoir qui m'intéresse.
Ainsi, ce jour-là, le cœur de Judas se tourna vers le profit, sacrifiant même le Christ. Il repensa à l'huile qu'il aurait pu vendre pour 300 deniers et se dit: Bah! Il y a d'autres moyens de gagner 30 pièces d'argent. Comme je n'ai pas pu vendre l'huile, c'est lui que je vais vendre; je vais le trahir. Et il décida ce soir-là qu'il allait profiter de son propre Sauveur.
Donc, d'un côté, nous avons une femme qui a offert son huile au Christ, et de l'autre, nous avons un homme qui a vendu le Christ pour 30 pièces d'argent. Lequel des deux serons-
nous? Celui qui reconnaît son désordre et demande à être restauré, guéri, réconcilié, ou quelqu'un qui a toujours fait partie des fidèles, mais qui décide un jour de sortir du groupe et de vendre son Seigneur pour une modique somme, n'écoutant que sa propension pour le luxe, l'avarice, la jalousie, la colère et l'orgueil?
Mes bien chers frères, l'Église nous pose la question aujourd'hui et elle nous prévient: Usez de sagesse en faisant votre choix! Elle nous encourage en ajoutant ceci: Ne perdez pas cette femme de vue. Venez vers le Christ. Oignez-le par vos offrandes. Prenez place à ses pieds et pleurez en lui adressant cette prière: Seigneur, je t'en prie, laisse-moi m'incliner à tes pieds et écoute mon repentir.
Gloire à Dieu maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.