Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique. Amen.
Mes bien chers frères, nous sommes finalement rendus à l'une des plus belles soirées que l'Église puisse nous offrir. En ce Samedi saint, durant cette vigile de la nuit de l'Apocalypse, l'Église célèbre le Seigneur incarné dont le corps fut mis à mort et qui, au moment où je vous parle, est descendu aux enfers pour apporter la victoire au royaume de Dieu. Imaginons, si vous le voulez bien, que tous ceux qui sont décédés avant aujourd'hui, justes ou méchants, aient tous atteint la même destination. Abraham le juste, Isaac, Jacob, les anciens prophètes, Ésaïe, Élie, Élisée, Moïse l'archiprophète, toutes les grandes femmes du passé, Esther, Ruth, Deborah... Tous ces gens, même s'ils avaient mené une vie juste et sainte, se sont retrouvés au séjour des morts, puisqu'il n'y avait pas d'incarnation et que la mort n'avait pas encore été vaincue. À présent, le Seigneur est entré dans cet endroit des plus ténébreux.
Mes frères, j'aimerais partager avec vous une belle analogie de saint Augustin. Il compare la mort à une bête énorme, un monstre. Et cette bête rôde dans son domaine, puisqu'elle y est maîtresse. Il compare ensuite l'enfer à un vaste océan où sont tombées toutes les âmes humaines ayant existé depuis la chute d'Adam et Ève, après que leur corps eût trouvé la mort. C'est à ce moment que l'énorme bête, cette créature qu'on appelle la mort, s'approche et avale l'âme de tout humain qui vient de décéder.
Selon saint Augustin, c'est ce qui s'est passé à travers les âges, depuis la chute. Toutes les âmes humaines, celle du roi et prophète David, les hommes droits du passé, les grands patriarches, les saints hommes et les saintes femmes, tous et toutes sans exception sont tombés dans le grand abîme et l'énorme bête appelée la mort est venue avaler leur âme.
Puis un jour, une âme humaine bien réelle est tombée dans le grand abîme, l'âme du Verbe de Dieu incarné, le Dieu-homme lui-même, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, mort sur la croix pour nous et pour notre salut. Mais une fois tombée, la bête n'a pas su la distinguer des autres, car comme elles, son âme était humaine. Alors, la bête s'est approchée et a gobé cette âme aussi. Et c'est ici que l'analogie de saint Augustin devient si percutante et si belle.
Du moment que la bête eût avalé cette âme, croyant que c'était une âme comme toutes les autres, elle regretta son geste sur le champ, car elle venait d'avaler l'antidote contre la mort. Elle avait avalé l'ennemi qui allait la conquérir. Elle avait avalé l'âme de celui qui représente la vie. Dès que celle-ci fut entrée dans la bête, la mort fut conquise, défaite.
Mes frères, il y quelques jour à peine, soit dimanche dernier, nous en étions à célébrer l'entrée triomphale du Seigneur dans Jérusalem. Cette fois, en ce Joyeux Samedi, c'est son entrée triomphale dans le séjour des morts que nous célébrons. D'après l'hymne que l'on chante à l'occasion de ce beau rituel de l'Église orthodoxe, il a défoncé la porte de l'enfer et l'a quitté complètement désert. C'était jadis un lieu rempli d'âmes justes, mais maintenant, le Seigneur apporte son salut même dans cet endroit des plus ténébreux et en repart avec tous ceux qui étaient justes. Il l'abandonne derrière lui, stérile.
Mes frères, voilà où se trouve la foi de notre Église, et sa joie de constater que le Seigneur est capable d'endurer les pires situations que l'humanité puisse rencontrer. Il est même capable de prendre part à notre propre mort, et ce faisant, il vient nous rejoindre dans la fosse où nous étions tombés. Il se retrouve avec nous dans le pire des endroits et nous apporte le salut. Il prêche l'Évangile et nous ressuscite de notre propre mort. Il est capable de nous accorder la vie que nous n'aurions pu obtenir par nous-mêmes, la vraie vie éternelle, cette vie que nous étions censés avoir depuis que l'humanité fut créée à son image et à sa ressemblance.
C'est vraiment un Joyeux Samedi, mes frères, puisque demain soir, quand nous célébrerons la résurrection du Seigneur, nous saurons ce que ça signifie que le Seigneur soit mort pour nous, qu'il soit descendu aux enfers et qu'il nous ait ramené avec lui. En ce jour, je vous en conjure, rappelons-nous de ce que le Seigneur a fait pour nous, reconnaissons qu'il est venu nous trouver dans notre désordre, qu'il nous a rejoints dans la fosse que nous avions peut- être creusée nous-mêmes, et reconnaissons qu'il a envoyé sa lumière dans les ténèbres qui nous emprisonnaient.
Il est devenu la source de lumière qui illumine le désordre de l'humanité. Il est la source de guérison de ceux qui, comme moi, sont sévèrement atteints, souffrent d'intenses lacunes spirituelles, sont aux prises avec la mort qui s'est emparée d'eux en les contrôlant par des passions, des dépendances et du désordre. Il envoie sa lumière dans les ténèbres qui nous ont envahis et nous en fait sortir. Il nous ressuscite de notre mort.
Mes frères, je vous souhaite à tous le plus béni des Joyeux Samedis et je vous en prie... Que votre prière soit celle de ceux qui ont séjourné aux enfers pendant si longtemps, en attendant leur Sauveur, en espérant que le Seigneur incarné vienne les sauver du séjour des morts. Que votre prière s'énonce en ces termes: Seigneur, je t'en prie, viens me ressusciter de ma propre mort.
Gloire à notre Dieu maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.