Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique. Amen.


Mes bien chers frères, aujourd'hui, nous en sommes au Grand Jeudi, aussi connu sous le nom de Jeudi de l'Alliance ou Jeudi saint. C'est un jour rempli de nombreux mystères. Alors que nous commémorons les événements qui se sont déroulés jadis, nous voyons le Christ accomplir plusieurs choses au nom de l'humanité. Tout ce qu'il accomplit aujourd'hui, il le fait pour nous et pour notre salut, tel que nous le prions dans le Credo.


Mes frères, cette journée débute avec le Seigneur qui rassemble ses disciples autour de la table pour le souper mystique. Au moment de rompre le pain et de partager avec eux le repas de la Pâque juive, il leur dit: Prenez, mangez-en tous, ceci est mon corps. Puis, il présente la coupe remplie d'eau et de vin et leur dit: Prenez, buvez-en tous, ceci est mon sang.


Avant toute chose, il avait expliqué à ses disciples et au public qu'il était le pain de vie, que leurs ancêtres avaient mangé la manne venue du ciel et qu'ils avaient péri dans le désert. Il avait alors proclamé que quiconque mangerait du pain de vie, c'est-à-dire son corps, vivrait éternellement. Il a donc instauré ce repas mystique et s'est offert à eux d'une manière qu'ils pouvaient comprendre.


Tout comme nos ancêtres, Adam et Ève, avaient été dupés et étaient tombés dans le péché en goûtant au fruit défendu, le Seigneur s'est servi de la même méthode avec nous. Il s'est offert comme nourriture, afin qu'en consommant son corps qui est source de vie, nous soyons unis à lui et qu'il nous restaure et nous débarrasse de l'état de mort dans lequel nous étions. Il a instauré le souper mystique et c'est ce même jour et ce même repas auquel nous prenons part à chaque liturgie.


Mes frères, ne faites pas l'erreur de penser que chaque liturgie que nous prions est une nouvelle liturgie. N'allez pas croire que deux ou plusieurs églises qui prient au même moment dans la même ville célèbrent de multiples liturgies. C'est toujours le même moment que nous revivons. Nous prenons part à cet événement mystique et intemporel du Jeudi de l'Alliance.


C'est toujours notre Seigneur qui préside. C'est toujours lui qui rompt le pain. C'est toujours lui qui prononce les paroles. C'est toujours lui qui nous offre son corps et son sang. Nous prenons place à la même table. Nous sommes assis avec lui et ses disciples et nous prenons part à cette chair vivifiante, son corps et son sang qu'il avait jadis offerts à ses disciples. C'est ce qui nous est offert à nous aussi, à chaque liturgie. Et il fait cela pour la vie du monde,


comme nous le répétons en suivant le texte de la liturgie de saint Basile. Il était déterminé à s'abandonner à la mort, et pourquoi? Pour la vie du monde. Ce fut sa façon de nous unir à lui, sa façon de semer la vie en vous, sa façon d'entrer en nous et de nous fournir l'antidote contre la mort qui s'était emparée de nous.


Nous le retrouvons après ce souper, ceinturé et agenouillé, demandant à ses disciples de s'approcher pour leur laver les pieds. Pierre, en toute humilité, s'approcha et lui dit: Seigneur, pourquoi me laverais-tu les pieds? Et il poursuivit en disant: C'est à nous de te laver les pieds. Nous avons vu ce que Marie a fait hier, cette femme, inclinée à tes pieds, les lavant et les séchant de ses cheveux. C'est à nous de le faire maintenant, pas à toi. Mais le Seigneur, là encore, pensait à une chose bien plus grande. Il pensait au lavement mystique dont nous allions bénéficier en le laissant nous laver lui-même. Alors il répondit: Pierre, tu ne pourras pas faire partie de moi, à moins de me laisser te laver moi-même.


Mais Seigneur, nous voulons faire partie de toi. Nous voulons être à toi. Nous voulons apprendre de toi. Nous voulons être comme toi, le maître qui sert, le maître qui appelle à l'humilité, celui qui se donne entièrement, celui qui, par kénose, se dépouille de ses divins attributs dans tout ce qu'il fait. Seigneur, nous apprenons de toi. Tu nous montres ce que c'est que d'être un véritable humain. Nous venons donc vers toi et nous adoptons le même discours que Pierre: Seigneur, si c'est pour être uni à toi et pour pouvoir faire partie de toi, alors tu ne devrais pas me laver seulement les pieds, mais aussi les mains, la tête et tout le reste. Lave-moi au complet, ô Seigneur.


En vérité, ceci est la prière même que fit le Seigneur au jardin de Gethsémané, en cette veille de son arrestation. Et alors qu'il parlait au Père, il lui dit: Tout comme nous ne faisons qu'un, fais en sorte qu'aux aussi ne fassent qu'un. Qu'ils ne fassent qu'un avec moi. Qu'ils ne fassent qu'un avec nous, afin qu'ils puissent tous être unis comme nous le sommes. Voilà ce que son cœur souhaitait: une unité, une véritable unité entre les hommes, et une unité entre Dieu et l'humanité. Voilà pourquoi nous avons été créés, mes frères: pour prendre part à la nature divine, pour ne faire qu'un avec lui, pour prendre part à la vie du Seigneur Jésus- Christ, et pour qu'à travers lui, nous puissions goûter à la Sainte Trinité: vivre avec Dieu et vivre en Dieu.


C'est ce que nous voyons en lui aujourd'hui. Il s'offre à nous, afin d'être en nous et nous en lui. Il nous purifie, nous lave et nous dit: Laissez-moi vous laver, afin que vous fassiez partie de moi. Nous apprenons de lui. Nous voulons vraiment être comme lui, créés à son image et à sa ressemblance. Vivre en union avec Dieu... Que c'est merveilleux, mes frères! Que c'est beau de voir notre Seigneur accomplir tout ce qu'il peut pour que nous puissions vivre en lui!


Venons à lui aujourd'hui. Offrons-lui notre cœur et adressons-lui une humble prière en lui déclarant: Seigneur, nous voulons vraiment être unis à toi. Nous voulons nous offrir à toi, comme tu t'es offert à nous. Nous venons à toi et nous te demandons de nous laver et de


nous purifier, afin de pouvoir faire partie de toi. Purifie-nous, ô Seigneur. Rends-nous pareils à toi, afin que nous ne fassions qu'un avec toi.


Gloire à Dieu maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.