Existe-t-il des preuves qu'à ses débuts, l'Église faisait usage d'icônes ou est-ce une nouveauté? Si l'on peut trouver des preuves, elles remontent à quand? Et que penser de l'iconographie à la lumière du commandement qui demande de ne pas se faire d'images taillées, au chapitre 20 de l'Exode? Nous espérons pourvoir répondre à ces questions aujourd'hui.
Bienvenue aux réponses d'une foi apostolique.
Au nom du Père et du Fils, le Saint-Esprit, le Dieu unique. Amen.
Pour certains chrétiens non orthodoxes, l'iconographie est un sujet très délicat. Pour d'autres, c'est un vrai casse-tête. Ils réagissent ainsi suivant leur compréhension du chapitre 20 de l'Exode qui commande ceci, aux versets 4 et 5:
« Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre.
Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point; car moi, l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux...» (Exode 20:4-5) Selon ces versets de la Bible hébraïque, plusieurs ont retenu que toute image taillée est une abomination. Cependant, selon ces mêmes Écritures hébraïques, il est clair que ce ne sont pas toutes les images que l'on qualifie d'abominations. Au chapitre 25 de l'Exode, Dieu demande à ce que l'on place des chérubins sur le propitiatoire.
Et au chapitre 31, on raconte même qu'il a rempli Betsaleel de l'Esprit de Dieu et qu'il a mis de l'intelligence dans l'esprit de ceux qui sont habiles, afin qu'ils construisent la tente d'assignation, y compris le propitiatoire et les chérubins. Ça ne fait aucun doute: si l'on se fie aux Écritures de l'Ancien Testament, les images ne sont pas toutes des abominations. On peut trouver d'autres exemples d'images au chapitre 7 du premier livre des Rois, où l'on mentionne que des bœufs supportent le réservoir d'eau dans le temple de Salomon, ou encore au chapitre 21 du livre des Nombres, où l'on parle d'un serpent de bronze.
Il faut donc replacer les choses dans leur contexte lorsqu'on procède à la lecture du chapitre de l'Exode. À cette époque, les Hébreux étaient envahis par le polythéisme et se trouvaient confrontés à l'idolâtrie de toutes parts. Les images taillées dont on parle au chapitre 20 de Propitiatoire: plaque d'or qui recouvrait l'arche d'alliance et qui portait, à ses extrémités, deux chérubins d'or. (Larousse) l'Exode visaient les représentations des faux dieux païens que l'on vénérait. Ainsi, Dieu voulait faire comprendre aux Hébreux qu'il était le seul vrai Dieu, Créateur de l'univers. C'est précisément pour cette raison que, dans le passage en question, il affirmait être un Dieu jaloux.
Même s'il n'était pas jaloux à proprement parler, Dieu voulait qu'ils comprennent qu'aucun autre dieu ne méritait d'être vénéré. D'ailleurs, il est intéressant de constater que la Bible d'étude juive confirme que le texte du chapitre 20 de l'Exode ne prétend pas que toutes les images soient une abomination. Voici ce qui est dit:
« Seules les images destinées à être vénérées sont à proscrire. Les statues de certaines créatures étaient permises, pour autant qu'elles ne soient pas prétextes à l'idolâtrie... » (Bible d'étude juive, deuxième édition, Exode 20, p.140) - [traduction libre] Si je présente cette information, c'est dans le but de démontrer que la tension qui existe entre l'iconographie chrétienne et ces versets n'a pas lieu d'être. Le Père Anthony Mourad a préparé quelques vidéos sur l'iconographie et la théologie qui s'y rattache. Nous allons vous fournir les liens à ces vidéos à la fin de cette présentation. À présent, jetons un coup d'œil aux icônes des débuts de l'Église.
La question des icônes durant les premiers siècles de notre ère n'était pas simple, car l'Église subissait beaucoup de persécution et ne disposait pas de nombreux lieux de culte permanents comme c'est le cas aujourd'hui. Cependant, on peut trouver des preuves que l'iconographie a existé très tôt dans les débuts de l'Église. En plus de vous fournir des exemples qui remontent au 4 è siècle, je vais vous présenter plus tard dans cette vidéo une découverte archéologique intéressante à propos de la plus vieille église du monde, laquelle viendra faire la lumière sur la façon de traiter de ce sujet.
Tout d'abord au 4 è siècle, saint Basile le Grand disait ceci:
« À présent, levez-vous devant moi, iconographes du saint vertueux ... Permettez-moi d'être conquis par vos représentations des actes courageux du martyr!... Laissez-moi contempler ce combattant que vous illustrez avec tant d'éclat sur vos images...
Souhaitons que le Christ, Instigateur du combat, fasse aussi partie de vos images. » (Saint Basile le Grand, Homélie sur le martyre de Barlaam, P.G, 31, col 489 AC) - [traduction libre] Il disait également:
Le saint vertueux dont il est question ici est saint Barlaam d'Antioche.
« Ce que la parole transmet à l'oreille, cette peinture l'offre à l'œil sans avoir à dire un mot. » (Saint Basile le Grand, Panégyrique des quarante martyrs, discours 19) - [traduction libre] On voit clairement que saint Basile encourageait l'usage de l'iconographie. Il faut savoir qu'au siècle premier, la plupart des gens étaient illettrés. En effet, les données de l'UNESCO et de l'OCDE indiquent que 44 % de la population mondiale était illettrée en 1950, contre 68% en et 88 % en 1820. On imagine facilement le taux d'analphabétisme qui devait régner dans des premiers siècles. De plus, la Bible n'était pas facilement accessible comme aujourd'hui, car il n'y avait pas d'imprimerie et le coût pour en obtenir une copie transcrite à la main était exorbitant.
En somme, si l'on combine le taux d'analphabétisme et l'accès très restreint à la Bible, on comprend qu'il était très difficile pour les chrétiens de l'époque de consulter les Écritures, et même s'ils avaient pu, la plupart en auraient été incapables, ne sachant pas lire. Devant ceci, il est tout à fait naturel que l'Église, axée sur le salut de ses enfants, ait voulu trouver une façon de rendre l'Évangile accessible au chrétien moyen de l'époque.
Par conséquent, de nombreux récits évangéliques ont été représentés en images. Les icônes permettaient à ceux qui ne savaient pas lire de méditer sur la beauté du Christ et de ses guérisons spectaculaires. L'iconographie est un cadeau édifiant pour les membres du corps du Christ. C'est de la théologie en couleur. Pas surprenant que saint Basile en ait encouragé l'usage. Dans un même ordre d'idées, Eusèbe de Césarée, au 4 è siècle, s'exprimait ainsi à propos de la tradition des icônes:
« Nous avons également appris que des portraits de ses apôtres Paul et Pierre, ainsi que du Christ lui-même, sont conservés en peinture. » (Eusèbe de Césarée, Histoire de l'Église, livre 7, chapitre XVIII, traité 4) - [traduction libre] Eusèbe mentionne aussi l'existence d'une statue commémorant la guérison de la femme qui avait des saignements depuis douze ans. Selon ses dires, la statue fut placée devant la maison de la femme en question et y serait encore aujourd'hui, ce qui sous-entend qu'elle est très ancienne. Il mentionne également qu'il a vu la statue lui-même. Rien de tout cela n'est surprenant.
Souvenez-vous que l'ombre de saint Pierre (Actes 5) et les mouchoirs de saint Paul (Actes ) guérissaient les malades. Ce ne sont là que de simples exemples d'objets matériels qui furent utilisés pour glorifier le Christ. Ces objets ne devraient jamais être vénérés, mais il serait injustifié de faire comme s'ils n'avaient jamais existé.
UNESCO = Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques Le Christ a béni le monde matériel par son incarnation. Il a fabriqué de la boue pour guérir l'homme aveugle (Jean 9). Il a envoyé les douze apôtres en mission et ils ont guéri des malades par des onctions d'huile (Marc 6:13). L'incarnation a tout changé. Nous l'avons dit, les choses matérielles ne doivent pas être vénérées, mais nous ne pouvons ignorer leurs bienfaits, à moins d'être sélectifs dans nos lectures de la Bible.
Ceci dit, une découverte archéologique des plus intéressantes a été faite en Syrie, dans l'ancienne vielle de Doura Europos. Cette ville fut fondée vers l'an 300 avant Jésus-Christ par un successeur macédonien d'Alexandre le Grand. Plusieurs chrétiens, Juifs et païens, y habitaient. Ce qui est particulièrement fascinant, c'est que deux de ses constructions, qui avaient été érigées à 200 m l'une de l'autre, ont été bien conservées. L'une était une église de maison et l'autre était une synagogue juive.
Dans son livre intitulé The World's Oldest Church, Michael Peppard explique que l'église de maison est le seul espace sacré non funéraire chrétien qui soit encore debout et qu'il date de l'époque pré-constantinienne. C'est donc dire que c'est le seul lieu de culte chrétien qui reste d'avant le règne du roi Constantin et qui n'ait pas servi d'ossuaire ou de sépulcre. Certains croient que la maison a été construite vers l'an 230 de notre ère et qu'elle fut transformée en église vers l'an 240.
Sur l'image qui apparaît à l'écran, dans le coin supérieur gauche, on peut voir le hall principal qui servait de lieu de rassemblement pour l'enseignement, la prière et l'Eucharistie. Cette salle pouvait accueillir environ soixante-quinze personnes. Malheureusement, le mur donnant sur le côté est, là où se trouvaient les icônes et l'autel, a été détruit lorsque la maison a été ensevelie il y a des siècles. Cependant, le baptistère, situé dans le coin supérieur droit de l'image, était encadré par quatre murs remplis d'images peintes. Les murs, assez hauts, pouvaient accommoder deux pans d'images différentes comme celles-ci.
Du côté gauche de l'écran, on voit une plaque qui fut trouvée dans la pièce, laquelle illustre le Christ et saint Pierre qui marchent sur l'eau. Du côté droit, on voit le tirage obtenu à partir de la plaque, ce qui a produit une image plus nette. Cette fois, nous avons l'image et le tirage de l'homme paralytique, placés côte à côte. Même si les dessins n'étaient pas des plus sophistiqués, ils remplissaient leur mandat, soit celui de raconter un récit en images... pour le bénéfice du croyant moyen. En voici une autre qui représente un berger qui guide ses brebis. Et comme tout bon chrétien, nous savons que c'est une métaphore qui représente le Christ, le Berger en chef, ainsi que les chefs de l'Église qui allaient venir plus tard.
Mais la beauté de cette découverte archéologique ne se limite pas à l'église de maison. La synagogue juive est également d'une grande importance, car elle confirme que les Juifs Dans les débuts du christianisme, les églises de maison ou églises domestiques étaient des maisons privées où les chrétiens se réunissaient, possiblement en secret, pour prier et vénérer le Christ. savaient comment utiliser les images. Curieusement, les Juifs n'étaient pas du tout contre les images. Ils s'en servaient volontiers.
Voici à quoi ressemblait l'un des murs de la synagogue. Il était rempli d'images d'un bout à l'autre. De la même manière, la nef de certaines églises orthodoxes actuelles sont ainsi couvertes d'icônes. L'image qui est présentement à l'écran représente le fidèle roi David, dont le cœur était à l'image du cœur de Dieu. Et sur celle-ci, on voit Moïse devant le buisson ardent, alors que Dieu lui est apparu et lui a demandé de conduire son peuple hors de l'Égypte.
Malheureusement, les chrétiens traitent avec la Bible comme si c'était un livre venu du ciel, sans tenir compte du contexte de ce qu'ils lisent. Nous oublions trop souvent qu'avant la parution des Écritures, le christianisme a été vécu. Le Christ s'est incarné à un moment précis et en un lieu précis. Il a mené une vie parfaite, a enseigné et a fait tant de choses que saint Jean disait que si toutes ses œuvres avaient été écrites, le monde ne pourrait contenir tous les livres qui seraient écrits.
Le christianisme, c'est la vie que le Christ a confiée aux apôtres et qui fut transmise de génération en génération. Et cette vie était marquée par certaines circonstances qui ont mené à certaines décisions. Voici un parfait exemple qui illustre sans équivoque une portion de cette vie. Les images n'étaient pas mises en doute dans les premiers siècles, pas plus qu'elles n'étaient vénérées.
En d'autres mots, ma propre interprétation du chapitre 20 de l'Exode ou une lecture du 16 è siècle ne peut être imposée à l'histoire du christianisme. C'est le christianisme du siècle premier et la façon dont la vie était vécue à cette époque qui est compatible avec les Écritures.
Mais détrompez-vous: les Écritures ont une valeur des plus importantes au sein de l'Église orthodoxe. C'est notre référence par excellence, notre nourriture spirituelle. Les Écritures, c'est la parole de Dieu qui vient nous transformer.
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